samedi 12 mars 2016
La vie la nuit. Absences
i.
C’est la nuit et je ne vois rien.
Qu’est-ce que tu veux que je voie la nuit ? La nuit est si noire que je ne vois rien. Il y a juste ma vie dedans. Une vie assez loupée en somme, mais passons. La nuit cache tout. Je sais que j’ai quelqu’un près de moi.
Je ne le vois pas mais je le sais, malgré la nuit. Finalement, elle n’est pas aussi noire que ça, cette nuit, ou alors cette présence est assez ancienne pour que j’en sois sûr. C’est quelqu’un très proche, donc je pourrais l’atteindre sans problème, mais je ne bouge pas, la nuit m’a enlevé tout désir de le faire. Pas la faute de quelqu’un, pas ma faute, c’est que cette nuit imite la mort, c’est une nuit trop noire, une nuit-avenir.
Autrement dit : chez moi, le cul n’a jamais été pris pour un projet de vie ; sans être absent, il a été, somme toute, limité comme obsession. C’est-à-dire, comme le reste : carrément relatif. Sujet sage, je n’ai pas moins vécu pour autant.
Pas moins, mais moins, ça c’est sûr et certain. Avec des trucs aussi impubliables qui manquent déjà trop de chair abordée. Et si elle était là, tout de même : comment la voir dans la nuit noire, cette chair rose? Faut-il la désirer pour en avoir conscience ? Moi, pas tellement, il me semble, et ça explique peut-être tout.
Si on ne touche pas, il n’y a personne pour répondre. Nuit ou pas nuit, c’est la même chose. Mais quand c’est la nuit, la faute est davantage évidente. Et la théorie de la vie devient une obsession qui remplace toutes les autres.
ii.
Le facteur a laissé un papier, disant qu’il avait été là et moi, pas. Je peux aller à la poste.
Quand toi, tu me parles, ou moi, je te parle, on est souvent pas là non plus. Faut-il toujours être présent quand quelqu’un sonne ? On ne peut pas. Des trucs à faire. Mais c’est impoli et parfois ça rend fou.
Va chercher à la poste. Même pas. Tu sais, la prochaine fois qu’on joue au facteur, pour ne pas laisser un papier, on s’écrira. Oui, je sais, je suis un peu tombé sur la tête. Probablement parce qu’on ne m’écoute jamais. Et toi, c’est pareil. Normal qu’on ne t’écoute pas.
Là, tout à l’heure, quand je t’ai encore poursuivi pour te dire une chose qui m’occupe et que toi, tu étais soi-disant trop occupé, j’ai bien vu la folie de tes entreprises qui empêchent de prêter l’oreille : elle était dans tes yeux, la folie. Penses-tu que le facteur prend les gens pour des cinglés ?
Avant, on s’envoyait de petits billets, on était plus attentif l’un à l’autre, mais déjà ça promettait. Puis, doucement, s’est installée l’araignée au plafond, dite absence. Maintenant il faut attendre « le bon moment ». C’est impossible. Je finirai par t’étrangler. Après, je pourrai parler à ton cadavre. Il m’écoutera, lui.
4 Mars 2016
Inscription à :
Commentaires (Atom)