lundi 24 août 2026

Grands hommes

1. Joseph Klinkmayer

Ayant grandi encore sous l’Empereur, Joseph Klinkmayer n’était pas seulement autrichien, mais aussi ingénieur de première bourre. En tant qu’ingénieur, il était un infatigable inventeur, l’un de ceux que l’on cherche en vain de nos jours. En ingénieur, il inventait, et en Autrichien, il le faisait dans le souvenir de la grandeur passée : il inventait désormais dans le minuscule. Le minuscule autrichien a néanmoins toute l’apparence de la grandeur et de la splendeur, car c’est ainsi que l’Autriche a survécu aux misères du temps.
Joseph, inventeur, s’endormait avec un problème à résoudre, et se réveillait avec la solution toute trouvée. Systématiquement, la nuit viennoise lui portait conseil. Pourtant, il ignorait comment elle faisait. Peut-être grâce à la qualité de son sommeil, car grand mangeur comme beaucoup de ses compatriotes, il avait le sommeil lourd. C’était toujours le plus lourd de son sommeil qui lui procurait les solutions aux problèmes les plus difficiles. Pour les problèmes moins difficiles, une petite sieste toute légère au Caféhaus, une sieste légère comme un nuage de lait dans sa tasse, lui suffisait amplement.
Éveillé, il inventait aussi, mais uniquement des solutions à de toutes petites questions. Son compte-gouttes simplifié, par exemple – le modèle était occlusif et donc à la portée d’une élève pharmacienne en première année – il l’avait trouvé en état éveillé, après une bonne blague comme on n’en entendait que dans un Caféhaus viennois d’autrefois, une vanne impliquant des Israélites qui l’avait fait rire aux larmes. En s’essuyant les yeux, voilà l’idée du compte-gouttes simplifié.
En revanche, pour trouver le mécanisme de la bassine à tartelettes, il avait eu besoin d’une longue nuit sans lune. Et son fameux « hérisson » lui avait demandé deux nuits de suite. Quel hérisson, me demandez-vous ? Le hérisson de Klinkmayer bien entendu, ce petit appareil d’apparence toute bête qui ressemble à un banal porte-cure-dents, mais dont le but réel est le poinçonnage sans fatigue, et qui plus est, en mode exprès.
Une fois le brevet déposé, Joseph Klinkmayer oubliait aussitôt ses inventions et se remettait au lit.
Si, même en Autriche, on compte 365 nuits par an, il y en avait où il n’avait pensé à rien en s’endormant, et se réveillait donc sans solution. Ces nuits-là, il les appelait ses infécondes, mais elles n’étaient pas toutes aussi infécondes que ça, car il lui arrivait de faire des enfants en ne pensant à rien, et ceci entièrement sans le concours du moindre instrument. Ce n’était pas très satisfaisant ; pendant un temps il avait pensé qu’un entonnoir à prolifération pourrait bien avoir quelque utilité, notamment en temps de guerre, mais son épouse, Carinthienne pragmatique, l’en avait dissuadé : proliférer était plus drôle sans aide, et il était obligé de lui donner raison. En principe, un entonnoir à prolifération devrait parfaitement fonctionner, la progéniture en sortirait toute seule pour lancer son premier cri, mais afin qu’enfant se fasse, il fallait le rentrer dans la dame avec l’organe de monsieur coincé à l’intérieur, procédé certes moins agréable que la confection par voie naturelle.
Le presse-purée était plus indiqué. Presse-purée, me dites-vous, mais on n’a pas besoin d’un sale Autrichien pour ça, le Français y a pensé avant. Oui, mais pas au presse-purée à extraction froide, c’est-à-dire exigeant la pression de la pomme de terre encore crue.
Si sa patrie autrichienne, rarement reconnaissante à ses fils, ne l’a jamais adopté, les Américains, peuple avisé entre tous, l’ont immédiatement acclamé. En 1937, juste un an avant l’Anschluss, Klinkmayer a donc émigré en Californie où sa presse faisait un tabac.
Il y mourut au début de la guerre, car une fois dans le nouveau monde, finies les inventions minuscules. En parfait immigré, il se mettait à voir plus grand. Très grand même, comme on s’y attend en Californie. Écrasé par sa dernière invention, le gratte-ciel en poudre, il mourut sans que l’on eût besoin de l’incinérer, cela s’étant fait tout seul.
Sa tombe, évolutive, conçue par lui-même, se visite du lundi au vendredi. Les samedis et dimanches, Klinkmayer dort en espérant de nouvelles inventions.


2. Aloïsius Saint-Bernard


Aloïsius Saint-Bernard, né par hasard à Lyon au tout début du dix-neuvième siècle, était de souche cévenole et labourdine, ce que son nom n’indique pas. On pourrait facilement le prendre pour un Suisse, mais cela lui ferait grand tort. Le patriote qu’il était, il est loin d’être sûr qu’il n’ait jamais mis un pied en dehors du territoire national. Ce que l’on sait par contre avec certitude, c’est que, sa vie durant, il était desservi par sa petite taille. L’appeler un grand homme pourrait porter à rire, mais si grands hommes il y a, Aloïsius Saint-Bernard en était.
Aloïsius Saint-Bernard, et c’est peu dire, était le premier médullographe connu. Jusqu’à aujourd’hui, toute la science de la médullographie vit encore de ses trouvailles. D’aucuns avancent crânement : sans cette demi-portion nommée Aloïsius Saint-Bernard, point de médullographie !


3. Sir Henry Pinkersville


Né dans la misère du nord industriel de l’Angleterre, le petit Henry rêvait grand. Mais même en rêvant grand, il ne pouvait prévoir jusqu’où son ambition allait le porter.
Tout le monde sait ce que c’est qu’un crayon, et beaucoup d’entre nous s’en servent couramment. Si Sir Henry Pinkersville ne l’a certes pas inventé, il s’en est servi comme aucun autre.


4. Ernesto Pons Paolini


Ernesto Pons Paolini (1863 - 1946) entre dans la catégorie des grands hommes uniquement par le fait que, dans un certain monde, on est considéré comme grand dès qu’on n’est pas particulièrement petit, et que lui, dans son temps, se révélait d’une indiscutable disposition à la grandeur en ce sens qu’il ne regardait pas trop à la dépense, luxe qu’il pouvait se permettre en étant l’héritier de l’une des plus florissantes sucreries du nord-ouest de l’Argentine qui pourtant n’en manque pas, une telle relative générosité, en premier lieu envers lui-même, faisant d’Ernesto un grand, pour le moins selon les critères de son milieu terriblement privilégié.


5. Ivan Sergueïevitch Roubitcheff


À quoi bon parler encore du Russe Roubitcheff ? Tout le monde connaît son histoire.
Issu d’une famille de nobles ayant perdu tout hormis leur morgue pendant l’effroyable Révolution d’Octobre, il devait se faire une place dans le petit monde des Russes blancs de Chicago. Si le Russe blanc de Paris devenait volontiers chauffeur de taxi, à Chicago, dès cette époque, le taxi ne payait plus tellement, tout le monde possédant sa voiture particulière. Pour subvenir à ses besoins ainsi qu’à ceux de son épouse Natacha, Roubitcheff se faisait donc courtier en affaires. En théorie, toutes sortes d’affaires, mais en théorie seulement. Et c’est précisément là que la grandeur de cet homme apparaît.
« Ruby – on l’appelait Ruby là-bas – t’as pas une petite affaire pour moi ? » Qui à Chicago n’a jamais entendu cette phrase devenue proverbiale ? Et Roubitcheff de répondre : « Ça se pourrait bien, mon ami. Le rail, ça t’intéresse ? » Car il voulait toujours fourguer du rail à sa clientèle. Or le rail, il n’était pas le seul dessus ; alors ses affaires périclitaient.
Mais un Russe blanc, et surtout un de la race des Roubitcheff, n’est jamais à court de ressources. Roubitcheff savait se retourner en devenant psychiatre.
« Ruby, t’as pas une petite névrose pour moi ? » Oui, le monde est cruel, notamment en Amérique. Mais Roubitcheff faisait comme s’il ne l’avait pas entendu. Quel grand homme !


6. Ingmar Strindberg

Qui a entendu parler de l’immense philanthrope Ingmar Strindberg ? Personne. Serait-ce parce qu’il n’a ni tourné de films tristes, ni écrit de sombres drames ? Possiblement. Et pourtant...
Partout dans le monde, les parents surmenés envoient leurs enfants dans les crèches Vitalux, et ensuite aux maternelles Ecoles Protestantes du Nord.
Partout, ces mêmes parents avancent professionnellement après s’être formés dans les centres de formation Progressen, et leurs parents profitent d’une fin de vie paisible dans les maisons de retraite Evening Star.
Votre bébé montre les signes d’un érythème fessier ? Passez-lui sans tarder du Talkumex.
Monsieur souffre d’un léger dysfonctionnement de la verge ? Il s’enduira le gland avec profit de la lotion Erectol. Ne pas dépasser trois applications par jour.
Suite à la déception, madame se sent fatiguée ? Elle n’a qu’à sortir de son sac une boîte de pilules antidépressives Savafor, et tout de suite la vie redevient rose en suçant.
Pépé a la bougeotte en dépit de sa démence ? Un déambulateur de salon de la gamme JV règle le problème.
Toutes ces institutions sont financées par Ingmar Strindberg, et tous ces produits sortent de ses usines, Ingberg AB, siège social : Malmö. Doit-on, en plus, être metteur en scène ou auteur de drames quand on est l’un des plus grands industriels de la planète ?
Mais philanthrope ? dites-vous. Ce type, ne serait-il pas plutôt du genre dynamiteur qui veut se racheter une santé morale ?
Détrompez-vous. Ingmar Strindberg est un homme d’une courtoisie exquise, extrêmement fidèle et frugal : il mange à peine, dort à peine, n’est qu’à sa quatrième épouse, et a dédié son existence entière au bien-être d’autrui. Et autrui, que fait autrui pour lui ? Autrui l’ignore en lui refusant la moindre gratitude. Ne dénigrons pas trop tôt nos multi-milliardaires. Il y a de très belles personnes parmi eux, des personnes pour qui le donnant-donnant est un principe de base. Et cet Ingmar Strindberg a rendu au monde à peu près tout ce qu’il lui a pris. Un très grand homme.


7. Chrysostomos Panagiotis l’Ancien

De la vie de Chrysostomos Panagiotis l’Ancien nous ne savons pas grand-chose, sauf qu’il a vécu dans le Péloponnèse du seizième siècle. En tout cas, en novembre 1573 il était encore en vie, car nous disposons d’un document qui l’atteste : à peine un mois avant les fêtes, il se serait défait d’un terrain. Peut-être pour réveillonner en paix.
La grandeur de cet homme semble être sa discrétion. Malgré sa relative fortune, il était tellement effacé qu’encore de nos jours, tout le Péloponnèse parle de lui.
À Kalamata, le touriste trouve une fondation Chrysostomos Panagiotis qui perpétue sa mémoire. Un genre de Louis Vuitton grec.


8. Takamoto Mori

Le Japonais Takamoto Mori était un grand homme sans plus. Juste grand pour son âge, et moyennement bon. N’oublions pas que cela aussi existe. Les Japonais l’adorent.


9. Alohilani Kahue

Enfin, un grand homme sorti des minorités visibles. Dépassant tous d’une tête, ce Hawaïen de souche peut se targuer d’être encore plus minoritaire que ses frères et cousins. Il est aussi sorti premier à l’examen de médecine vétérinaire, mais dans son cas, c’est secondaire.

19 Août 2026

mardi 18 août 2026

Le bon, le mauvais et le roi sans qualités

 1. Le bon roi

Le bon roi d’un petit royaume coincé entre mer et montagne dont l’épouse n’avait donné que des filles désespérait de voir son neveu, ce prince écervelé, accéder au trône après lui. Car malgré tous ses pouvoirs, il n’avait pas celui de changer la règle de succession qui procédait en ligne mâle. Et puisqu’il était bon, quand quelque chose n’allait pas dans le royaume, il s’en accusait lui-même avant les autres. Ainsi, il cherchait la faute de ne pas pouvoir engendrer de fils d’abord chez lui et non pas chez son épouse adulée. En homme facétieux, il avait l’habitude de l’appeler « marraine ».

Un beau jour, il se rendait donc chez elle pour lui tenir le discours suivant :
– J’ai un gros souci, marraine. Comment faire pour que neveu n’accède jamais au trône ?
– On essayera encore, répondit la reine.
– Ah non, j’ai perdu espoir.
– Voudriez-vous divorcer, Sire, pour vous marier avec une autre ?
– Jamais de ma vie, fit le roi en prenant ses mains. J’ai une proposition un peu délicate à vous faire.
– Parlez, mon ami.
– Eh bien, ne m’avez-vous pas encore récemment confié que vous trouviez notre chambellan fort bel homme ?
– Oui, c’est vrai, Sire. Mais en comparaison avec vous... Il n’a pas votre œil, si humain.
– Oh marraine, mon œil... Ne savez-vous pas encore où je veux en venir ? Le chambellan n’est pas seulement bel homme, mais aussi un homme dévoué. Un homme de devoir. Un homme de parole et, surtout, doué d’une discrétion infaillible. Il fera tout ce que vous lui demanderez et n’en parlera jamais. D’ailleurs, soit dit en privé, il vous admire beaucoup.
– Ah, je commence à comprendre. Sire, si tel est votre désir, je m’y conformerai.
– Je pourrai donc partir calmement à la chasse en fin de semaine, et laisser le chambellan s’occuper de vous. Vous m’avez bien compris, marraine ? Il nous faut un dauphin.

Près d’un an après cette entrevue un peu particulière, jamais répétée, la reine donnait naissance à un très beau fils, et la joie dans le royaume était immense. Seulement, le petit ne ressemblait en rien au chambellan. C’était un petit roux fort rieur.

– Dites-moi, marraine, ne trouvez-vous pas, vous aussi, que le dauphin ne ressemble guère au chambellan ?
– Oui, cela se peut bien, fit la reine.
– Comment ça ?
– Puisque vous m’aviez donné l’ordre, je me suis dit que le chambellan à lui seul ne suffirait peut-être pas et j’ai agrandi un peu le cercle.
– Sans m’en parler ?
– À quoi bon, Sire ? Cette chose... j’avais jugé préférable de ne pas vous en incommoder davantage.
– Mais jusqu’où l’avez-vous agrandi ? Je vous prie de comprendre mon brusque effroi.
– J’y ai inclus le valet de vaisselle.
– Le valet de vaisselle ? Ah, ce petit roux, vous voulez dire, qui nous met les couverts ? Ah, oui, c’est donc lui. Mais comment avez-vous pu faire ? Il est jeune et joli, mais à part ça ? La jeunesse passe vite, marraine, et ce valet n’a rien d’autre pour lui. Le futur roi serait-il donc fils d’un valet ?
– Si je puis me permettre, ce valet, lorsqu’on le connaît un petit peu... il s’avère être assez débrouillard. J’irai jusqu’à dire que c’est même une petite gouape. Mine de rien, il se pourrait bien qu’il nous ait subtilisé pas mal de cuillers en argent.
– Encore pire. Le futur roi fils d’une gouape.
– Si l’on est valet, être gouape ne vous amène pas bien loin, pas plus loin qu’au gibet, si cela se trouve. Mais si l’on est roi...
– Si l’on est roi, alors quoi ?
– Si l’on est roi, cette disposition de l’âme peut servir à agrandir son royaume. Le nôtre, ne l’avez-vous pas toujours trouvé un peu petit, Sire ?
– Et s’il exerce son mauvais talent envers son propre peuple ?
– On l’éduquera de sorte. On lui apprendra à n’escroquer que les gens de son niveau.
– Je crains le pire.
– Au fait, ce n’est même pas sûr que notre fils soit de lui.
– Qu’est-ce que cela veut dire ?
– J’ai quand même agrandi le cercle, n’est-ce pas.
– Mais jusqu’où, marraine ?
– J’y ai inclus qui j’ai pu. J’ai essayé de faire au mieux. Entre autres, jusqu’au second trésorier.
– Ce nain bossu ?
– En effet, Sire.
– Malheur ! On aurait pu avoir un roi bossu.
– Le second trésorier n’est certes pas beau, Sire, mais il est d’une intelligence remarquable. Elle dépasse largement celle du premier. Et il a un sens de la répartie que je n’ai trouvé nulle part. Alors, sa petite bosse...
– Vous voulez dire qu’on aurait pu avoir un roi bossu mais brillant ?
– Exactement, Sire. La bosse d’un roi ne se voit même pas. Du moins, personne n’ose la mentionner.
– Justement : on n’en parle point, mais on la voit tout de même. Avec un cercle si étendu, cela a dû se savoir. Qu’est-ce qu’il pense maintenant de moi, mon cher peuple ?
– Il voit en vous un bon roi cocu.
– Et cela vous indiffère ?
– Aucunement, Sire. Or je le connais désormais, ce peuple, et il est beaucoup moins collet monté que vous ne pensez. Il vous adore. Il faut que vous aussi, vous fassiez un peu connaissance avec lui.
– Me conseilleriez-vous de me procurer des maîtresses ?
– La maîtresse flatte ; il vous faut des valets. C’est l’effronterie qui compte.
– Des mignons, vous voulez dire, comme grand-oncle ? Ce n’est pas dans ma nature, marraine.
– Vous vous y feriez. Je peux vous dire de ma propre expérience qu’en descendant l’échelle on monte en plaisir. Essayez un peu. Le valet roux y serait prêt.
– Moi, me commettre avec le père de mon fils ?
– Alors le second trésorier. L’avez-vous déjà regardé de plus près ? Il a aussi une belle bosse par-devant.
– Va pour le bossu. Mais je vous préviens : hors de question qu’il me fasse un enfant.


2. Le mauvais roi

Clodomir VIII, roi des Suraves, était un très mauvais monarque, si l’on lui applique les critères habituels quant à la bonne gouvernance. Il était con, égoïste et irascible et par conséquent, parfaitement incohérent dans ses décisions. Sur le papier, une catastrophe. Mais... il présidait à un peuple constitué de cons égoïstes et irascibles et par conséquent, parfaitement adéquat à un tel roi. Ces Suraves, tristement célèbres pour leur connerie, leur égoïsme et leur irascibilité, n’auraient donc pas pu trouver d’autre roi leur correspondant autant. Si ce peuple con, égoïste et irascible et par conséquent, incohérent dans ses enthousiasmes, ne l’avait pas été, ce roi et son peuple se seraient certainement regardés en chiens de faïence. En chiens cons, égoïstes et irascibles, somme toute. Or ce n’était pas le cas, car le monde est bien fait, et vous allez savoir pourquoi.

Ce roi avait une seule qualité et un seul passe-temps à sa hauteur : il raffolait des puzzles. Face à un puzzle, tout à coup il se montrait nettement moins con, égoïste et irascible que d’habitude, se révélant d’une finesse hors pair, jamais à court d’ingéniosité pour trouver dans le tas le morceau le plus caché. D’une patience de Romain – dit-on ainsi ? – il n’hésitait pas à s’attaquer à un dix-mille pièces, ce qui constitue un défi même pour un roi qui a tout son temps pour lui. Rendu doux comme un agneau devant la tâche, il rassemblait pendant des semaines les pièces éparses pour reconstituer un tableau de Renoir qui aurait pu figurer sur la meilleure des boîtes de chocolats comme à peu près l’ensemble de la production de ce grand peintre chocolatier. Une fois venu à bout du chef-d’œuvre, il en commandait un autre.

Il se trouve alors que ce peuple avait pour voisins d’autres peuples de la même trempe, dirigés par des rois du même acabit, mais outre cela, bien plus puissants. Si l’on est à ce niveau d’infamie, la puissance est préférable. Les armées de ces voisins réduisaient donc épisodiquement les Suraves en éclats façon puzzle, ce qui permettait à leur roi, sur le papier très mauvais, de faire jouer ses qualités. Il n’avait qu’à rassembler son propre peuple mis en tas et lui redonner une forme plane, tant soit peu carrée, tenant bien dans ce royaume rectangulaire sans aspérités notables, chose qu’il savait faire à merveille. Du coup, qu’est-ce que c’est qu’un roi minable, mes amis ? Pour ces gens-là, on n’aurait pas pu en trouver de meilleur.


3. Le roi sans qualités

Un peuple lointain mais avisé avait marre de ces rois à épithètes – Quinconce le Bref, Ardoise le Bon, Cuculle le Chauve, ou encore Anaphore le Catholique – il voulait un roi enfin sans qualités. Il se disait qu’un roi dépourvu d’épithète devait être un roi pour tout le monde. Puis, s’il avait épi à la tête, qu’il se peigne, pardi ! Une couronne n’est pas un cachépi, tout de même.

Quand Syllepse naquit, le grand vizir – par pure pitrerie, ce peuple catholique s’offrait le luxe d’un gouvernement à vizirs – Sainte-Cuirasse, grand vizir eunuque préposé à la descendance dynastique, avertissait donc le roi en exercice – il s’agissait de Coloquinte le Trop-Bel – que le peuple dans son intégralité souhaitait d’urgence qu’il élevât cet enfant de sorte qu’il restât à jamais sans qualités, en évitant même la plus sournoise, à savoir la médiocrité, car on ne voulait pas non plus de Syllepse l’Insignifiant. On lui apprit donc l’art de poser à cheval et de se servir d’un sceptre, ainsi que toutes les autres compétences d’un roi sans compétence particulière, en veillant à ne pas en faire un poseur médiocre ou manieur de sceptre insignifiant. Les médecins du roi, quant à eux, faisaient tout ce qui était dans leur pouvoir pour ne pas le convertir en petite nature, car après Collège l’Hypocondriaque et Nuremberg le Neurasthénique, on ne voulait pas d’un troisième dans cette veine.

Résultat des courses : quand Syllepse monta au trône, ce peuple facétieux se mit à l’appeler Syllepse sans Qualités. Encore loupé, les gars !


16 Août 2026

vendredi 13 février 2026

Le seul moyen d'entrer en communication avec l’auteur est le formulaire « Me contacter », accessible dans « Profil » en bas à droite.

mercredi 23 juin 2021

Raupen sind eklig, aber Schmetterlinge sind schön

Fünf Mär<en na< Ludwig Be<≠ein

1. Oda und der S<lingel

Es war einmal ein ≠einrei<er Bauer, der um eines Ge∫<äftes willen in die Stadt fuhr. Er hatte eine bildhüb∫<e, jedo< ziemli< töri<te To<ter namens Oda, und da er ihr ∫ehr zugetan war, fragte er ≡e, was er ihr aus der Stadt denn S<önes mitbringen dürfe. In ihrer ∫eligen Einfalt ∫agte ≡e: „A<, Vater, bringe mir gerade das mit, was unbedingt her zu mir will.“ Als der Bauer ∫eines erledigt hatte, ∫u<te er na< einem ∫ol<en Ge∫<enke, do< da er wieder einmal ni<t wußte, was Oda gemeint hatte, ∫<ien ihm keines angeme≈en. Wie er die Turmuhr ∫<on fünfe ∫<lagen hörte, gab er auf und ging wieder zu ∫einem Wagen. Do< kurz bevor er den Pferden die Peit∫<e gab, eilte zwi∫<en den Häu∫ern ein junger S<lingel heran, ∫o abgeri≈en wie ein ≠reunender Hund, und rief atemlos, ob er ihn denn ni<t mitnehmen wolle, eine kleine Rei∫e käme ihm nämli< ju≠ ∫ehr gelegen, glei<gültig, wohin. Den rei<en Bauern erinnerte das an den Wun∫< ∫einer To<ter und ∫o ließ er ihn auf≡≥en. Sei es, wie es wolle, da habe i< ja, worum Oda mi< gebeten hat, da<te er den ganzen Weg über und ertrug wortlos die Narrenge∫<i<ten die∫es o≤en≡<tli<en Ni<tsnu≥es und Tagediebs, de≈en halb ehrerbietiger, halb drei≠er Ton ihm ∫on≠ wohl übel aufge≠oßen wäre. Am Hofe angekommen, nahm Oda den S<lingel in Empfang, plauderte eine Weile und bot ihm an, im Stall zu überna<ten, denn der ∫ei groß genug. Dem S<lingel kam es zupaß, am nä<≠en Abend aber war er immer no< da und meinte, mit den Rindern wolle er freili< ni<t mehr ∫<lafen, die ≠änken und muhten do< zu ∫ehr. Da ließ ihm Oda unterm Vorda< ein Na<tlager ri<ten. Am folgenden Abend war es ihm leider wieder ni<t re<t, denn da gehe ∫elb≠ im Winkel zu viel Wind, und er bitte untertänig≠, bei Dunkelheit hereingela≈en zu werden. Da ließ ihn Oda in den Flur. In der Na<t darauf paßte ihm au< der Flur ni<t und er wollte vor ihre Kammer. Na< einigem Zögern erwei<te ≡< Oda erneut. Es ward nun aber ∫<on Herb≠, und wieder einen Tag ∫päter bemerkte er, in ihrer Kammer ∫ei do< ≡<erli< ein guter Ofen. Oda ∫eufzte und fand den S<lingel rei<li< fre<, do< ließ ihn endli< au< in ihre Kammer herein. Als ≡e ≡< dort entkleidete und zu Bett ging, zog ≡< au< der S<lingel aus und meinte, ihm frö≠ele nun ∫ogar in ihrer Kammer, und ob er denn ni<t zu ihr unter das herrli<e Federbett krie<en dürfe. Das ver≠and Oda dur<aus, denn au< ihr war es na>end in der Kammer etwas kalt, do< bevor ≡e ihm au< das erlauben konnte, ≠ellten ≡< no< ein paar Fragen. „Wir kennen uns do< kaum!“ entgegnete ≡e ∫<eu, do< ∫<aute ≡< den Bur∫<en glei<zeitig von oben bis unten genau an, wobei ≡e zwar de≈en Gän∫ehaut fe≠≠ellte, aber au< bemerkte, warum man ∫o jemanden einen S<lingel nannte. Als er unter ihren langen Bli>en fa≠ ∫o ∫ehr zu erröten begann wie ≡e ∫elb≠, ∫<üttelte ≡e ∫o lebhaft das Köpf<en, daß ihr die Zöpfe um die heißen Wangen flogen, rief ihn aber tro≥dem zu ≡< ins Bett. Neben ihr fror er allerdings immer no< und wollte ≡< ganz eng an ≡e ∫<miegen. A<, darauf kam es nun au< ni<t mehr an, da<te die bildhüb∫<e, jedo< ziemli< töri<te Oda, und ∫<miegte ≡< ihrer∫eits an. Sie verbat ≡< zwar jegli<e weitere Zudringli<keit und erwehrte ≡< ihrer mehrfa<, do< rügte ihren Bettga≠ mit ∫<windendem Ern≠e, wodur< der die Zure<twei∫ung immer herzli<er mißa<tete. Darunter kamen beide ∫o ins Fiebern, daß das herrli<e Federbett gar ni<t mehr nötig war; und zu guter Le≥t ge∫<ah, was ge∫<ehen mu≈te. Na<dem er ≡< aus Odas Armen wieder herausgewunden hatte, belehrte ≡e der S<lingel, daß ≡e je≥t, wo das auf ihm La≠ende gebro<en und er qua≡ davon erlö∫et ∫ei, ihn aber au< heiraten mü≈e, denn ∫on≠ ∫ei die ganze Erlö∫erei nur eine Rie∫en∫<ande. Des Morgens ging Oda zu ihrem Vater, erzählte dem alles genau ∫o, wie es ≡< zugetragen hatte, und der erwiderte, da mü≈e er leider zu≠immen, es gäbe nun keinen anderen Weg mehr, S<lingel hin oder her, er als Vater mü≈e die∫en Taugeni<ts dann eben au< no< vom Flu<e der Armut erlö∫en, ∫o wolle es nun einmal Gott. Als zukünftiger S<wieger∫ohn des rei<en Bauern konnte er jedenfalls ∫o ni<t mehr herumlaufen, und weil die∫er Lümmel ≡< als dur<aus ge∫<ma>s∫i<er erwies und wenn ∫<on, dann au< ganz fein herausa≤iert werden wollte, ∫ah er auf der Ho<zeit tat∫ä<li< aus wie ein e<ter Prinz. Für die töri<te Oda aber blieb er das auf immerdar und war ihr ein ∫<öner Gatte, wenn er au< ∫on≠ no< ∫o einiges daneben betrieb. Allein, einen be≈eren als einen zum Prinzen verwandelten S<lingel hätte ≡e ohnehin ni<t finden können, und ∫o ∫agte ≡e ≡<, daß es wirkli< klug von ihr gewe∫en war, ihn zum großen Herren freigeküßt zu haben.


2. Die ∫ieben Schwe∫tern

Man kann ∫agen, was man will, aber oft ≡nd es re<te Kleinigkeiten, die dem Leben wohlhabender Herr∫<aften er≠ eine gewi≈e Würze verleihen, wohingegen es bei armen Leuten ∫<on ziemli< ho< hergehen muß, bevor es auffällt. Bei der na<folgenden Begebenheit tri≤t beides zu∫ammen, und es i≠ der einen Kleinigkeit, was der anderen Da∫ein ganz verändert. Dies i≠ wahrli< das S<ön≠e, was man aus einer Ge∫<i<te erfahren kann, wann und wo au< immer ≡e ≡< mag zugetragen haben.

Vor langer Zeit lebte im Sä<≡∫<en ein kraft≠ro≥ender Ritter, der allem na<jagte, was da kreu<te und fleu<te, und ∫ei es au< nur eine ∫<neeweiße Hindin, und dabei einmal tief im Walde auf ein ∫<neeweißes Wün∫<elweiblein traf, das im abgelegenen Tei<e ≡< alles reinwu∫<. Bei ihrem tugendrei<en Anbli>e, namentli< in ∫ol<em Zu≠ande, frug ≡< der Ritter, ob ≡< ∫<neeweiße Hindinnen in der Abge∫<iedenheit ∫oglei< in Wün∫<elweiblein verwandelten oder umgekehrt. Daß er darauf keine Antwort fand, ∫<erte ihn in ∫einem Feuer jedo< ni<t ∫onderli<, ∫o engelhaft bli≥te und ≠rahlte die edle Haut. Ja, die Jungfrau ∫<ien ihm geradezu ins Paradiesli<t eingetau<t, oder eher aus ihm emporgehoben. Auf der Stelle entledigte er ≡< ∫einer Ritterstra<t und ∫prang zu ihr ins fla<e Wa≈er, um ≡< mir ni<ts, dir ni<ts mit ihr zu vereinigen, denn allzu unwider≠ehli< war der Reiz ihrer natürli<en Blöße, und allzu ∫ehr von ≡< eingenommen war er ∫elb≠, wogegen ni<t einmal ∫ein kindli<er Chri≠englauben etwas konnte. Na<dem au< die∫e Sünde vollbra<t war, freute er ≡<, der S<neeweißen mitteilen zu können, daß er kein ∫<li<ter Jägersmann ∫ei, ∫ondern ein gar prä<tiger S<loßherr, und zu ihrem Glü>e ∫oglei< ein Angebot unterbreiten wolle, das kein Ge∫<öpf, ∫eis der Erde, ∫eis des Himmels, würde aus∫<lagen können, und wäre es die ≡tt∫ame Sieben∫<ön. Ohne zu zögern verließ das Wün∫<elweib den heimi∫<en Wald, ging es ∫<ließli< darum, S<loßherrin zu werden. Kaum war ≡e ihrer er≠en Kindlein entbunden, deren glei< ∫<neeweiße ≡eben waren, vertau∫<te ≡e jemand mit ≡eben anderen – der Sage na< war es die bö∫e S<wiegermutter – die Tau∫<linge oder We<∫elbälger allerdings von ganz fin≠erer Hautfarbe, und mithin dem nubi∫<en Eunu<en aufs Kraushaar glei<end, denn einen weiteren Dunkelmann gab es auf dem S<loße ni<t. Der Ritter ∫agte ≡<, daß die Zauberkün≠e ∫einer Gemahlin o≤enkundig ∫elb≠ Ver∫<nittene aufzuri<ten in der Lage waren, ha>te die∫em in ∫einer Wut no< den Stumpf ab und erniedrigte jene zur Kü<enmaid, wenn ≡e nun ∫<on mit gemeinem Volk Umgang pflegte. Viellei<t war das ja au< die eigentli<e Be≠immung die∫er im Walde Aufgele∫enen. Zum Abtro>nen der zahlrei<en S<ü≈eln und Näpfe verwies der Grau∫ame ≡e auf ihr hö<≠eigenes Haar, das no< güldener glänzte als des S<loßes Topflappen. Die vertau∫<ten Ritterskinder wu<∫en unterde≈en in beklagenswerter Armut auf, behielten dabei aber ihre feine Art und waren deshalb von klein auf ∫o auf Glitter und Goldkram aus, daß ≡e, kaum herangewa<∫en, ≡< beim un∫erem Ritter als Höflinge verdingten, was der vergrei∫enden bö∫en S<wiegermutter freili< entging und ≡e au< ni<t hätte verhindern können. Der alternde Ritter hingegen erfreute ≡< die∫er ∫<neeweißen Verderbtheiten immer mehr, und ob∫<on es Knaben waren, gewann er ≡e am Ende ∫o lieb, daß er ≡e zu ∫einen Gün≠lingen erklärte. So kam do< ungewollt alles wieder zum Guten, und im zu neuem Leben erwe>ten S<loße quiet∫<ten und vergnügten ≡< nun ≡eben Dunkle und ≡eben Helle um die Wette, eine kunterbunte S<ar, und vom S<i>∫ale derart dur<einandergebra<t, daß niemand wußte, wer das eine und wer das andere war. Der Ritter ∫<rieb das fäl∫<li< der alleinigen Gnade ∫einer Gemahlin zu, do< folgte dur<aus dem Ge∫e≥e der Natur, als er ≡e reumütig und bekehrt des Kü<endien≠es enthob. Die bö∫e S<wiegermutter ihrer∫eits war gegen Ende des Lebens zu ni<ts anderem mehr nu≥e als zu Qua>elei und Abwa∫<. So ge∫<ah ihr na< dem Propheten∫pru<: Nur das La∫ter heilt das La∫ter.

 

3. Der kleine Säumling

Es war einmal ein armer Häusler, der kaum wußte, wie er ≡< und ∫eine Frau ernähren ∫ollte, und hatte ∫<on ∫e<s Tö<ter. Da kam ∫eine Alte na< Jahren no< einmal in gute – in die∫em Falle muß man eher ∫agen: ∫<le<te – Ho≤nung, und gebar ihm ein ≡ebentes Kind. Und obzwar er ≡< freute, daß es ein Knabe war, der glei< na< Herzenskräften krähte, wurde er do< au< ∫ehr verzweifelt, denn der Säugling war ∫ehr klein, und der Häusler wußte aus Erfahrung, daß gerade ∫ol<e oftmals Mäul<en haben, die no< ∫<werer zu ≠opfen ≡nd als die von ∫e<s Tö<tern zu∫ammen, wel<e immerhin auf ihre Linie a<ten. „Was ma<en wir nur mit dem kleinen Säumling?“ rief er wieder und wieder aus, und damit hatte der Na<zügler au< ∫<on ∫einen Namen. Dies hörte eine Fee, die gerade an der Kate vorbeikam, und ∫o klopfte ≡e an. Der Häusler ö≤nete die verfallende Tür, und die ∫<öne Frau fragte, was denn Ent∫e∑li<es ge∫<ehen ∫ei, denn ≡e hätte ∫ein Klagen gehört. Daß die Wände ni<ts wert ≡nd, weiß i< ∫elb≠, da<te ≡< der arme Vater und ∫agte: „I< Unglü>srabe habe ∫<on ∫e<s Tö<ter, und als ob das ni<t genug wäre, hat mir der Herr nun au< no< einen winzigen Säumling ge∫<i>t.“ Die Fee entgegnete: „Laßt mi< nur ge∫<wind herein, guter Mann, i< will des Knäbleins Patin ∫ein.“ Der Häusler ∫<öpfte wieder Vertrauen in die göttli<e Vor∫ehung und geleitete die Fee zu dem Napf, der dem Säumling zur Wiege diente. Sie beugte ≡< tief über ihn und flü≠erte: „I< bin nur eine einfa<e Fee und kann dir als Patenge∫<enk leider ni<ts weiter als eine Wün∫<elrute geben. Und man darf ≡< damit nur etwas Kluges wün∫<en, denn wer ≡< Dummheiten wün∫<t, an dem rä<t es ≡<.“ Darauf zog ≡e das arm∫elige De><en ab und legte die Hand auf das Bäu<lein des Knaben, und der wurde mu>smäu∫<en≠ill, als ob er ver≠anden hätte, do< tat∫ä<li< wurde es ihm nur untenherum angenehm warm. Na< einer kurzen Weile verab∫<iedete ≡< die Fee. Der Häusler, der mehr erwartet hatte, war indes vom Leben insge∫amt ∫o enttäu∫<t, daß er ≡< ni<t beklagte. Der Säumling hatte jedenfalls ∫eine Wün∫<elrute bekommen, und weil es im Häuslerhaushalt an Spielzeug mangelte, blieb ihm von Kindesbeinen an nur die∫e eine, um ≡< damit ein geringes zu vergnügen. Und über die Jahre, vor allem aber, als er zwar nur ein klein wenig, aber do< immerhin zu einer Art von flaumbewehrtem Jüngling herangewa<∫en war, wurde er äußer≠ gewandt im Umgange mit der Rute. Denno< wußte er nie, was er ≡< wün∫<en ∫ollte, denn ≡< etwas Kluges damit zu wün∫<en, fiel ihm wie ∫o vielen anderen einfa< ni<t ein, und vor dem Wun∫<e einer Dummheit war er ja ∫<on früh gewarnt worden. So blieb es allzeit nur beim fru<tlo∫en Spiele, die∫es freili< oft mehrmals tägli<. Die ∫e<s Mäd<en, die ihr Brüder<en mehr als einmal dabei überra∫<ten, nahmen es ihm nie übel, ∫ondern ∫pornten ihn ki<ernd und händeklat∫<end an, ja ∫pielten ni<t ∫elten ein wenig mit, was dann ≠ets zu einer be∫onderen Freude wurde, die allerdings kaum das Maß des allgemein S<i>li<en über∫<ritt.

Als der inzwi∫<en wohl bald a<tzehnjährige Säumling wieder einmal auf dem Felde mit ∫einer Rute zugange war, vernahm er vom Dorfpla∑ her die dröhnende Stimme des Herolds, der eine Bekanntma<ung vorlas, derzufolge der König für ∫eine einzige To<ter einen Gemahl ∫u<e, wobei ≡< jeder melden könne, der etwas anzubieten habe. Die Prinze∫≡n würde dann ∫elb≠ ent∫<eiden. Er ∫ei als Ausrufer aber nur der Voll≠ändigkeit halber au< in die∫en verwun∫<enen Winkel gekommen, denn an Edelleuten und großen Herren hätten ≡< ∫<on genügend lautbar gema<t.

Derweil ritten al∫o alle Edelleute und großen Herren in die Haupt≠adt, ≠ellten ≡< in einer langen Reihe an und erzählten von ihren Rei<tümern und Heldentaten. Aber es war nie genug für die∫e Prinze∫≡n, die übrigens jeder im Rei<e nur das nämli<e Prinzeßchen nannte, denn ∫o zartgliedrig und heikel war ≡e, und zudem als ∫ehr ge∫<mä>leri∫< bekannt. Wenn ≡< ∫<on ∫o viele nu∑los an≠ellen, da<te ≡< der Säumling, dann gehe i< auf S<u≠ers Rappen eben au< in die Haupt≠adt und will mit dabei ∫ein. Mehr als ablehnen kann ≡e mi< ni<t, und dann bin i< ja in be≠er Ge∫ell∫<aft. Das kam, weil ihn der Be≡∑ einer Wün∫<elrute von frühauf ∫ehr ke> gema<t hatte, ob∫<on ihm nie eingefallen war, was er ≡< damit hätte wün∫<en können. Als er tat∫ä<li< an der Reihe war, ∫<aute das nämli<e Prinzeß<en den kleinen Säumling er≠aunt an, do< der erklärte ≡< frohen Mutes und ganz frei heraus. „A<, wie will≠ du kli∑ekleiner Häuslersbur∫< denn eine Prinze∫≡n beglü>en und ∫o kö≠li< ernähren, wie ≡e es nun einmal gewohnt i≠?“ entgegnete die König≠o<ter. Un∫er Säumling ließ ≡< ni<t ein∫<ü<tern und meinte: „Bin zwar nur ein armer Häuslersbur∫<, do< habe eine Wün∫<elrute.“ Und das kam davon, daß der Be≡∑ einer ∫ol<en einen Knaben ni<t nur ke> werden läßt, ∫ondern ≡< die∫e zu gegebenem Zeitpunkt au< in Erinnerung zu rufen weiß, und der Säumling herzhaft ge∫pürt hatte, wie ≡e in Gegenwart des zartgliedrigen und heiklen Prinzeß<ens er≠aunli<e An≠alten ma<te und unbedingt hervorgeholt werden wollte. „Soll i< ≡e Eu< einmal zeigen?“ frug der Knabe, und das Prinzeß<en erwiderte: „Nun, dann zeige ≡e mir eben, du dummer Junge!“ Al∫o knöpfte er ≡< den La∑ auf und zeigte ≡e ihr. Und weil der Säumling ∫o dur<aus kleinwü<≡g war, wirkte ≡e an ihm be∫onders mä<tig. Und als das Prinzeß<en ∫ehr errötete und na<fragte, ob wohl alle Wün∫<elruten die∫er Art ∫eien, denn ≡e hatte no< keine andere in ihrem Leben ge∫ehen, wurde die ∫eine no< größer und ∫<öner und fing unter ihren neugierigen Bli>en regelre<t zu klopfen an, in∫ofern eine derart intere∫≡erte Frage von Seiten einer Hüb∫<en, ob nun Prinze∫≡n oder ni<t, den Bür∫<lein do< ≠ets ∫ehr gefällt. Da der Säumling ∫elb≠ nur S<we≠ern hatte, war er zwar ebenfalls no< keiner anderen als der ∫einigen begegnet, aber ∫agte fri∫< darauf los: „Fürwahr, Euer Gnaden, einzig die meine i≠ ∫o ∫<ön!“ Er wollte die Prinze∫≡n ni<t anlügen, aber das kam davon, daß ers in die∫em Augenbli>e wirkli< da<te. Er wußte nämli< ni<t, daß die Fee no< an vielen anderen Hütten und ∫ogar an Palä≠en vorbeigekommen und die Patin vieler anderer Knaben war, die ausnahmslos eine bild∫<öne Wün∫<elrute von ihr erhalten hatten, und es nur eines der Geheimni≈e die∫er Ruten i≠, daß jeder denkt, ∫eine ∫ei wahrli< die herrli<≠e von allen, es aber mei≠ens ni<t ∫agt. Er allein war in ∫einer Einfalt überzeugt genug, ∫ein Rütlein glei< vorzuzeigen. Na< einer Weile murmelte die Prinze∫≡n, ob ≡e ≡< denn nun au< etwas wün∫<en dürfe, und wurde dabei no< viel röter. Der Säumling da<te bei ≡<, ei, nun ∫<ämt ≡e ≡<, die große Dame, dazu hab i< ≡e gebra<t, ∫<aute kurz auf ∫eine Rute, und die∫e nahm die Antwort ∫<on vorweg. „Stehe Euer Ho<wohlgeboren zu Dien≠en!“ murmelte er zurü>, „do< es muß etwas Kluges ∫ein, denn ∫on≠ rä<t es ≡<!“ „Du bi≠ mir aber einer!“ entgegnete das nämli<e Prinzeß<en, das ∫eine Contenance wiedergefunden hatte. „Weiß ∫o jemand wie du denn ni<t, daß alle Wün∫<e einer Königsto<ter klug ≡nd? Wofür ∫on≠ hat ≡e den König zum Vater?“ Da meinte der Knabe, dann dürfe ≡e ≡< gerne wün∫<en, was ≡e wolle, mü≈e dazu die Rute jedo< ∫elb≠ in die Hand nehmen. Das hatte die Fee zwar ni<t zur Bedingung gema<t, war ihm aber einfa< ∫o eingefallen; ∫<aden konnte es jedenfalls ni<t, das wußte er ∫<on von ∫einen S<we≠er<en her. Und ∫o ≠re>te das Prinzeß<en ihr ∫<neeweißes Händ<en aus und ergri≤ zum er≠en Male in ihrem prinzli<en Da∫ein eine der am Ende fa≠ purpurnen Wün∫<elruten, und ging dabei ∫o zart und glei<zeitig ent∫<ieden vor, daß die∫e davon no< viel kräftiger, farbenfroher und glänzender wurde, als ≡e ohnehin ∫<on war. Ein e<tes Wunder, ∫agte ≡< die Prinze∫≡n, und bevor ≡e ihren Wun∫< äußerte, ging ≡e ganz nahe heran und ro< ein wenig daran, weil ≡e do< ∫o dur<aus heikel war, aber es behagte ihr er≠aunli<erwei∫e denno<. Und ∫o tat ≡e den Wun∫< mit ihrem blutroten Munde, und damit er au< ≡<er in Erfüllung ginge, geradewegs in die Wün∫<elrute hinein. Daß ≡e dann wirkli< ∫ofort erhöret ward, lag nur no< am kleinen Säumling, der wiederum ∫einer Rute vertraute. Das nämli<e Prinzeß<en freili< war hinterher ganz außer Atem gekommen, und au< der Häuslersbur∫< war etwas er∫<öpft, ∫eine Wün∫<elrute allerdings no< ni<t. Und weil das Prinzeß<en wußte, daß aller guten Wün∫<e immer drei ≡nd, wün∫<te ≡e ≡< no< zweimal das∫elbe, und au< das erfüllte ≡<. Zu einem vierten Wun∫<e wäre die Rute aber dann do< zu verausgabt gewe∫en; davor mußte ≡e zuer≠ wieder zu Kräften kommen. „A<, du lieber kleiner Häuslersbur∫<, du ver≠eh≠ mi< jedenfalls ganz er≠aunli< zu beglü>en und au< ∫ehr kö≠li< zu ernähren, für alles andere mag der Vater ∫orgen!“ hau<te die Prinze∫≡n, und die Ho<zeit war dann nur no< eine Formalität. Der König, der ∫elb≠ keinen Sohn hatte, war ohnehin nur no< auf einen Enkel∫ohn aus, egal von wem, und ∫eine To<ter hatte ihn mit ihrem Glanz in den Äuglein im Nu überzeugt. Er≠ als die ∫e<s S<we≠ern des je∑igen Prinzgemahls, alldieweil nun ebenfalls Teil des königli<en Haushalts, ämtli< mit e<ten Edelmännern verbunden waren, erfuhr der kleine Säumling von ihnen – freili< bloß unter vorgehaltener Hand – daß ∫elb≠ ∫ol<e man<mal wunder∫<öne Wün∫<elruten hatten, nur leider zu wohlerzogen waren, ≡e no< vor ihrem Gold und Geld und ∫on≠igen Be≡∑tümern, und no< vor der Erwähnung ihrer Heldentaten, einer Königsto<ter vorzuzeigen. Wie gut, daß er ∫elb≠ ni<ts anderes be∫aß, was er hätte prä∫entieren können, ∫agte ≡< der kleine Säumling, und der Prinze∫≡n deshalb etwas dargeboten hatte, was no< keinem vor ihm ∫o direkt in den Sinn gekommen war, und daß es ≡< do< zuweilen als ∫ehr gut für den weiteren Fortgang im Leben erwei∫e, als unbedarfter kleiner Häuslersbur∫< mit ni<t mehr als einer groben drei≠en Wün∫<elrute aufgewa<∫en zu ∫ein.

 

4. Hän∫el ohne Gretel

Der junge Hän∫el ging einmal mehr mit ∫einer Freundin, der Gretel, in den tiefen Wald, denn nur dort konnten ≡e unge≠ört und na< Herzenslu≠ miteinander ∫pielen. Sie wollten ≡< ∫<on in das Gras einer Li<tung legen, als Gretel dur< die Tannen ein rotes Lebku<enhaus erkannte. Da bekam ≡e auf Lebku<en no< mehr Appetit als auf Hän∫el, und ∫o ∫agte ≡e zu ihm: „Gehen wir er≠ no< ein paar Lebku<en mau∫en! Küß<en geben können wir uns hinterher immer no<, die ∫<me>en feiner mit Ku<en im Mund.“ Und weil die beiden no< ∫o kindli< waren, gingen ≡e zu dem Häus<en und mau≠en. Als die Be≡∑erin, freili< eine alte Hex, es bemerkte, fiel den beiden bloß die Albern≠e aller Ent∫<uldigungen ein, die ≡e au< no< im Sing∫ang vortrugen. Und weil ein kindli<es Gemüt ∫ogar Hexen berührt, ∫agte die nur: „Kommt do< herein, es i≠ gemütli<er, bei mir drinnen feinen Lebku<en zu futtern.“ Als die beiden ∫ehr ge∫ättigt waren, wollten ≡e wieder gehen, aber die Hexe hielt ≡e zurü>: „Wollt ihr jeden Tag ∫o le>er ∫pei∫en, müßt ihr bleiben. Und du, meine Kleine, hab nur keine Ang≠; i< verve∫pere deinen Hän∫el er≠, wenn der au< für mi< ein Mann geworden i≠. An minderjährigem Gemü∫e vergreife i< mi< ni<t, das i≠ mir nämli< zu unergiebig.“ Da ∫agte der unreife Hän∫el zu Gretel: „Falls ≡e mi< er≠ auffre≈en will, wenn i< ein Mann für ≡e geworden bin, i≠ no< Zeit. Da können wir ja no< bleiben und jeden Tag Lebku<en haben, bevor wir uns davonma<en. Zuhau∫e bei den Eltern i≠ es eh ni<t mehr ∫o ∫<ön, gell?“ Und ∫o blieben ≡e und durften tägli< feine Plä∑<en e≈en, da die der alten Hex niemals ausgingen. Jeden Freitag freili< ∫<aute ≡e na<, ob Hän∫el nun ∫<on ein Mann für ≡e geworden war. Dazu ta≠ete ≡e ihm dur< ∫ein o≤enes Läd<en das elfte Finger<en ab. Wollte wi≈en, ob es ∫<on di> und fei≠ wurde. Gretel aber mußte au< mithelfen. Mußte ihr Hemd<en aufknöpfen und ∫o vor Hän∫el allerlei Tänz<en veran≠alten, damit der etwas Hüb∫<es zu ∫ehen bekam, während die Hexe an ihm grab∫<te. Hän∫el ∫<loß dabei ≠ets brav die Augen, und ∫o blieb das Finger<en mager, do< fiel ihm das zunehmend ∫<werer, denn allmähli< hatte der tägli<e Ku<en ∫eine Gretel unterm Hals derart zunehmen la≈en, daß ihm das Weg∫<auen kaum no< gelang, hüpfte das alles ∫o hüb∫< vor ihm auf und ab. Deshalb ∫agte er eines Tages zu ihr: „A<, Gretel, es i≠ Zeit, du mußt gehen, ∫on≠ verve∫pert mi< die Hex. Wenn i< di< tanzen ∫ehe, kann i< mi< bald ni<t mehr zurü>halten. Und wer hat dann was davon? Einzig die Alte.“ Gretel runzelte die Stirn: “A<, ∫o i≠ es al∫o meine S<uld! Soll i< ≡e mir denn ab∫<neiden?“ Die Natur kommt zwi∫<en den Ge∫<le<tern ∫<ließli< immer hervor, und ∫o war es au< hier. „Es i≠ ni<t unbedingt deine S<uld, daß wir je∑t keine Kinder mehr ≡nd“, ver∫u<te Hän∫el ≡e zu be∫änftigten, do< das klang ∫o halbherzig, daß Gretel immer no< bö∫e war und mit tief herabgezogenen Brauen erwiderte: „Wenn i< di< re<t ver≠anden habe, mein Freund, ∫oll i< allein fliehen.“ Hän∫el ni>te. „Weißt du, wenn du ni<t mehr da bi≠, wird au< mein Finger<en ni<t mehr fett und es be≠eht keine Gefahr mehr für mi<. Und ∫olange i< jeden Tag Lebku<en e≈en kann... ∫oviel Kind bin i< halt immer no<.“ Und ∫o war Gretel eines Morgens ver∫<wunden. Künftig hatte Hän∫el nur no< die Hexe vor ≡<, wenn es ums Beta≠en ging. Der ∫<aute er dann ≠ets auf die di>e Warze im Ge≡<t. Und weil die∫e ihm die beiden dunkelroten, die ∫einer Gretel vorne gewa<∫en waren, beileibe ni<t er∫e∑en konnte, ging es no< eine ganze Weile gut. Eines Tages allerdings, weiß der Himmel warum, walkte die Hexe wieder einmal ∫o an ∫einem Finger<en herum und er konnte ∫<auen, wohin er wollte, es wurde einfa< fei≠ und di>. Er hatte ≡< wohl zu ∫ehr an den Anbli> gewöhnt. Da ∫agte die Hexe: „Je∑t bi≠ du ein Mann für mi< geworden und i< mag di< verve∫pern.“ Er mußte ≡< in das Hexenbett legen und die Alte ≠ieg über ihn. Als ≡e jedo< oben war, verwandelte ≡e ≡< keineswegs in eine ∫<öne Prinze∫≡n, ∫ondern blieb die alte Hexe, die ≡e ∫<on vorher war, nur fand Hän∫el ≡e plö∑li< ganz anmutig. Und ∫o da<te er ≡<, wenn der Teufel in der Not Fliegen frißt, geht es mir do< im Grunde no< ganz gut, denn i< kriege immerhin Lebku<en. Und wie er dann ∫o neben ihr lag und eine S<okoladenzigarette ∫<mau<te, fragte er ∫eine Hexe, wie es denn nun weitergehen ∫olle mit ihnen. Die Hexe erwiderte, es gehe gerade ∫o weiter wie zuvor. Nur Freitag ∫ei künftig eben Ve∫pertag. Hän∫el war es zufrieden, do< auf einmal rief es aus: „Und mein Gretel? Was aus der wohl geworden i≠.“ Die Hexe la<te auf: „Ja, je∑t erinner≠ du di< an ≡e! A<, dein Gretel mit den runden Brü≠en hat mir ihr Leid no< am ∫elben Tag gebei<tet. I< hab ihr darauf ein rotes Käpp<en ge∫<enkt und ihr die Ri<tung gewie∫en. Sie hat nun ∫<on mehrere Kinder mit Herrn Wolf zu∫ammen. Je∑t, da au< wir ein Paar ≡nd, können wir ≡e ∫onntags ja be∫u<en.“

 

5. Von Hoffart und dem derben Rupert

Es war einmal ein rei<er, ver≠ändiger und herzensguter Edelmann, der freili< mit einer To<ter ge∫<lagen war, die zwar ∫ehr viel S<önheit, aber re<t wenig Klugheit be∫aß, und dazu ∫ol< unbändigen Dünkel, daß ihr nie etwas re<t war. Eine gewi≈e Dummheit ∫<adet bei einer S<önen bekanntli< ni<t, aber daß ihr au< die Hoart ni<t ∫<adet, erfahren wir er≠ no<. Wie ∫olle er die jemals unter die Haube bringen, grämte ≡< der Edelmann, do< kommt Zeit, kommt Rat. Und in der Tat gefiel es dem Allmä<tigen, ihr zum ≡ebzehnten Geburtstag eine Lebenslehre zukommen zu la≈en, und als ∫ein Werkzeug ent∫andte er ihr einen Grafen als Ga≠. Der war no< viel rei<er, ver≠ändiger und edler als ihr Vater, do< de≈en Ge∫<enk eine ∫eltene Dornenro∫e – behagte ihr denno< ni<t, man ∫ahs an ihrer pikierten Miene. Soglei< erkannte der Graf das Mäd<en, ging ra>s zum Vater und begehrte ≡e zur Frau. Der willigte freudig ein, do< als er ∫einer To<ter beri<tete, was er mit dem Grafen heimli< ausgema<t hatte, war es ihr wieder ni<t re<t. Zum allerer≠en Male erhielt ≡e diesmal eine Maul∫<elle, und der zermürbte Vater ∫agte: „Je∑t i≠ genug. Den nimm≠ du!“ S<mollend mußte ≡e gehor<en, und eine wahrli< großartige Ho<zeit ward ausgeri<tet, was ≡e allerdings ziemli< hinterwäldleri∫< fand.

Als ≡e zu des Grafen S<loß kam, war dort alles ganz herrli<, do< hatte ≡e na< ihrer Art das eine oder andere denno< auszu∫e∑en. Ihr Gemahl hörte ≡< die Be∫<werden ruhig an und erklärte am Ende, denn ≡e war ja ∫o dur<aus ∫<ön anzu∫<auen, er wolle ihr nun das vorzügli<≠e Kleid geben, das auf der Welt je ge∫<neidert worden ∫ei, und woran ≡e ≡<erli< ni<ts zu bemäkeln habe. Sie blieb mißtraui∫<, war aber au< ge∫pannt, und fügte ≡< folgli<, wennglei< unwir∫< und ∫ehr um≠ändli<, als er ≡e bat, ≡< vor ihm artig auszukleiden, damit er ihr das neue Gewand über≠reifen könne. Als ≡e endli< ∫plitterna>t vor ihm ≠and, denn ∫o, ni<t anders, wollte er ≡e, trat er bedä<tig um ≡e herum, betra<tete ≡e derart eingiebig, daß ≡e ≠umm auf≠ampfte, und entnahm einer ≡lbernen Truhe dann behut∫am ein Kleid, das tat∫ä<li< aus ∫o feiner Seide war, wie es ≡e ∫on≠ nirgends auf der Welt gibt, aber mithin au< ganz dur<≡<tig, ja fa≠ un≡<tbar. Sie ∫<aute in den güldenen Spiegel und fand es bei ≡< wunder∫<ön, fand au<, daß ihre Formen darin ∫ehr ∫<ön zur Geltung kamen, do< ∫agte, ∫o könne ≡e ≡< do< ni<t zeigen, denn ein Re≠ S<amgefühl, das wußte ≡e, ≠and au< einer Gräfin gut an. Allein der Graf, der einer ≠rengen, jedo< glei<zeitig ∫o liebevollen wie be≠immten Spra<e mä<tig war, daß die S<önen ≡e be∫onders gut ver≠ehen, überzeugte ≡e davon, daß das Kleid nur für ≡e und ihn dur<≡<tig ∫ei, für alle minderen Leute aber völlig undur<≡<tig. Und dann führte er ≡e in die∫em Kleide vor eine un∫<einbare Kammer und ∫agte, alle Türen im S<lo≈e ≠ünden ihr o≤en, bloß die∫e eine kleine Kammertür ni<t, denn zu wi≈en, was dahinter ∫ei, würde ihr ni<t guttun. Lei<thin ver∫pra< ∫ie, es zu beherzigen. Am ∫elbigen Abend no< aber hatte der Graf zu einer großen Ge∫ell∫<aft geladen, und ∫ehr ≠olz in ihrem wunderbaren ganz dur<≡<tigen, ja fa≠ un≡<tbaren Kleide trat die junge Gräfin unter die Menge, zwar mit etwas gelangweiltem Ge≡<tsausdru>, jedo< des fe≠en Glaubens, deen Stoei für fremde Augen undur<dringbar. Und obzwar dem ni<t ∫o war, denn der Gatte hatte es ihr ja nur eingeredet, fiel der S<önen ni<ts auf. Denn ∫o noble Gä≠e wi≈en, wie ≡e ≡< zu benehmen haben, und au< deren Diener∫<aft errötete nur ∫o wenig, daß es niemand merkte. Do< da<ten alle bei ≡<, ∫o von ≡< eingenommen i≠ die junge Frau Gräfin al∫o, daß ≡e ihre Reize glei< jedermann aufdrängt und dazu nur ein bla≡ertes Ge≡<t ma<t.

Tags darauf wollte ≡e ≡< dann do< die verbotene Kammer an∫ehen, denn ver∫pre<en mo<te ≡e viel, aber verbieten ließ ≡e ≡< ni<ts. Kaum daß ihr Gatte ausgeritten war zur Jagd, ö≤nete ≡e die Tür. Sie war verblüt, wie lei<t das ging, do< au< enttäu∫<t. Denn es war nur eine gewöhnli<e Rumpelkammer, in der ein Bo> und allerlei Gerät∫<aften ≠anden. Sie trat näher und fand Peit∫<<en und Peit∫<en, Gert<en und Gerten, Riem<en und Riemen, ∫owie Stö><en und Stö>e. „Was er da ∫o alles aufbewahrt, der Lümmel!“ flü≠erte ≡e bei ≡<. Aber warum i≠ er nur ∫o prüde, da<te ≡e, warum ∫oll i< das denn ni<t ∫ehen dürfen? Es wird für die armen Bedien≠eten ∫ein. Und ≡e ver∫pra< ≡< ∫elb≠, es ∫o einzuri<ten, daß ≡e demnä<≠ au< würde dabei ∫ein dürfen. Unter die∫em Gedanken wurde ihr ganz heiß. In der Na<t, als der Graf ihr beiwohnte, kam die Erinnerung in ihr ho<, und wie ≡e die Dinge, die ≡e ge∫ehen hatte, im Blondkopf Revue pa∫≡eren ließ, entfuhr ihr unwillentli< ein er≠aunli<er Lu≠∫<rei. Ihr Gatte, ∫<arf≡nnig genug zu vermuten, daß ≡e ihm ungehor∫am gewe∫en war, zog ≡< umgehend aus ihr zurü>, ≠emmte ≡< auf und rief donnernd aus: „Ha≠ du etwa in die Kammer ge∫<aut?“ Die Gattin biß ≡< auf ihre blutroten Lippen, do< entgegnete ∫<arf: „Na, und wenn es ∫o wäre? Was du ∫o für Geheimni≈e ha≠!“ Da verabrei<te der Graf ihr zwei deftige Maul∫<ellen – das waren die zweite und dritte in ihrem Leben – zerrte ≡e, gerade ∫o glühend und na>end, wie ≡e war, an den Haaren in die Kammer hinüber und meinte dort höhni∫<: „Wenn du ∫<on ∫o wunderfi∑ig bi≠, darf≠ du au< mit allem Bekannt∫<aft ma<en!“ Daraufhin pa>te er die ≡< hilflos Windende auf den Bo>, zurrte die hell S<reiende darauf fe≠ und erprobte an ihr augenbli>li< fa≠ ∫ämtli<e Gerät∫<aften, Peit∫<<en und Peit∫<en, Gert<en und Gerten, Riem<en und Riemen, ∫owie Stö><en und Stö>e, bis ≡e überall ganz grün und blau war, und ihr ∫o entzü>ender kleiner und fe≠er Jungmäd<enhintern anfangs zwar nur wie die niedli<en Ba>fi∫<bä><en des Ge≡<tes etwas Farbe bekommen hatte, do< bald von einer Vielzahl feiner Striem<en und ≠rammer Striemen ge∫<mü>et ward, und hörte mit dem Verzieren er≠ auf, als die Gemahlin mit allem, was in der Kammer war, Bekann∫<aft ge∫<lo≈en hatte, außer einem le∑ten groben, ∫ehr knorrigen Sto>, den er ihr nur vor das neugierige Stupsnäs<en hielt: „Will≠ du den da au< no< kennenlernen, die fetten Hausmägde nennen ihn den derben Rupert, oder ha≠ du nun genug?“ Die Gezü<tigte ni>te kaum mit dem Kopf und hatte zum er≠en Male in ihrem Leben tat∫ä<li< an ni<ts mehr das allergering≠e auszu∫e∑en.

Des anderen Tages war wieder großer Empfang, diesmal mit allen Jägersleuten der Graf∫<aft, und da die Gräfin no< überall ∫ehr gezei<net war, freute es ≡e be∫onders, daß ihr Gewand für die∫e Men∫<en zum Glü> undur<≡<tig war. Die roten Wangen, die ≡e no< von den Maul∫<ellen hatte – ∫o ∫agte ≡e es ≡< zuminde≠ – gäben ihr ja ledigli< einen fri∫<en Teint. Leider waren die Jägersleute bei weitem ni<t ∫o di≠inguiert wie die Gä≠e des Vortags, und als die Gräfin gema< die S<loßtreppe herabwandelte, dabei auf ihre S<leppe a<tete und ≡< viermal umwandte, wunderte ≡e ≡<, wie viele do< das Maul auf∫perrten, die älteren unter ihnen ganz rote Augen bekamen und zu ∫<wi∑en begannen, und die Jägersfrauen, die ihr eigen S<i>∫al erkannten, alle∫amt ver∫<ämt zu ki<ern ∫<ienen. Zuer≠ nahm ≡e an, es ∫ei ihre überragende S<önheit, die die braven Leute ∫o verwirrte, fühlte, ob∫<on ni<t allzu klug, auf die Dauer aber dann do<, daß etwas ni<t ≠immen konnte mit dem Kleide. Sie hielt den langen Abend glei<wohl wa>er dur< und tanzte ∫ogar mit dem Oberfor≠mei≠er, der dabei ≠ändig griente und ihr mehrfa< ver∫ehentli< ∫o an die Striemen geriet, daß ≡e ≡< zurü>halten mußte, um ni<t wild aufzu∫<reien, denn ∫o weh tat ihr das no<. Später war ≡e dann dur< Zufall ein wenig betrunken, und gerade ∫o ∫ehr, um den Gatten in der Na<t zu fragen, ob man ni<t tro∑dem etwas ge∫ehen haben konnte bei ihr. Oder er ihr gar, wel< Grauen, es war gar ni<t auszudenken, etwa nur weisgema<t habe, ihr Gewand ∫ei für die anderen ganz und gar undur<≡<tig. Da la<te der Graf herzli< auf, liebko≠e ∫eine Gattin, wie er ≡e no< ni<t geliebko∫et hatte, und meinte zärtli<: „A<, mein Engel, du ha≠ ni<t nur die wü≠e Kammer ge∫ehen, ∫ondern es ≡nd dir davon au< die ∫<önen Blauäuglein aufgegangen... I< ∫agte ja, die Kammer tut dir ni<t gut! Dein Kleid i≠ freili< für alle Welt gerade ∫o dur<≡<tig als für di< und mi<!“ Ob nun aus na<trägli<er S<am, verle∑tem Stolz oder dem Zorne der Hintergangenen wurde die Gräfin jedenfalls au< no< überall puterrrot neben grün und blau, und zeterte in ihrem lei<ten Rau∫<e ∫o bö∫e mit dem Gemahl, daß der ≡e erneut auf ∫einen liebenden Armen in die Kammer tragen mußte, wo ihr zur Beruhigung alle pu∑igen blauen Male, dünnen Striem<en und di>en Striemen neu aufgefri∫<t wurden. Davon wurde ≡e butterwei< und halbwegs nü<tern, gelobte alles und ∫<wörte, ≡< fortan zu fügen. Als ≡e zurü> im S<lafgema< wieder etwas zu Kräften gekommen war, erö≤nete ≡e ≡< jedo< au< in der Beziehung, daß ≡e zugab, zum S<wören nur gezwungen zu ∫ein, wollte ≡e ni<t dauernd in die Kammer ver∫<leppt werden und zuweilen ihren blaen Ur∫prungsteint wiedererlangen. Einfa< fiele ihr die nachgebende Sanftmut freili< ni<t, es ge∫<ähe ihr do< alles wider den Willen, und der Oberfor≠mei≠er ∫ei eine Sau. S<ließli< war ihr na< wie vor nie etwas re<t, und ihr ∫<wer geprüfter Stolz na< außen hin ungebro<en – ∫elb≠ als auf ihren Hinweis au< die∫es vollbärtige Mon≠rum von Oberfor≠mei≠er öfters zu∫ehen und einmal ∫ogar den derben Rupert auf ihr wehrloes Ge∫äßlein ∫<wingen durfte. Allein, kommt Zeit, kommt Rat, ∫agte ≡e ≡< dabei immer wieder, denn dies war der Lieblingspru< des Vaters gewe∫en. Und allmählich alterte au< ≡e, und das Zü<tigen und die kurze Demut wurden derart zur Gewohnheit, daß ihr Gemahl endli< da<te, lang∫am ma<e ≡e ihm ∫o keine Ehre mehr, und ihr ein ∫<weres weinrotes Brokatkleid ∫<enkte, das ihr zwar farbli< gut paßte, do< ni<t nur völlig undur<≡<tig war, ∫ondern au< ihre Formen verbarg wie ein Sa>. Das war ihr nun leider au< wieder ni<t re<t.

11. / 26. April 2021

vendredi 28 juin 2019

La carotte et le bâton


1.     Parmi les légumes, les carottes sont peut-être les plus coriaces. Quand tu les mets sur le feu, faut chauffer longtemps avant qu’elles soient tendres. Mais à l’extérieur on ne voit pas grand-chose, faut piquer ou, mieux encore, mordre dedans pour savoir.
Dans le règne évolué, celui des animés non-végétaux, ce sont couramment les hommes qui sont les plus coriaces. Eux aussi, il faut les cuisiner longtemps avant que la chaleur les rende tendres, et chez eux aussi, à l’extérieur on ne voit souvent pas grand-chose, faut piquer ou, mieux encore, les mordre à l’épaule par exemple, voire dans le gras de la fesse, pour savoir s’ils sont suffisamment attendris. Quand le piqué, ou mordu, ne te retourne pas illico une énorme claque, c’est qu’il l’est.
Après, on peut passer à la consommation, et si la carotte, on l’enfourne, au choix, ou par le gros bout ou par le petit bout, chez l’homme c’est pareil. Le petit bout de l’homme en est peut-être le plus tendre... ou le plus dur. C’est selon. Un homme tout à fait attendri, une fois soumis à la chaleur, peut devenir étonnamment dur à son petit bout. C’est cela le propre de l’homme, qui lui, ne craint pas le paradoxe, et c’est en cela qu’il se différencie le plus de l’honnête carotte qui, préparée ou pas, est toujours prévisible dans ses réactions et ne durcit jamais par pur attendrissement.

2.     L’aubergine, on pourrait aussi l’appeler violette, car elle l’est. Elle est belle comme un gros œuf plus ou moins allongé et de couleur violette.
L’homme, lui, n’est que rarement de couleur violette, ce n’est pas sa complexion naturelle, c’est même inquiétant dans son cas, et lorsqu’il se présente sous forme d’un gros œuf allongé, ce n’est pas considéré comme très beau, ni particulièrement sain. L’homme, on pourrait aussi l’appeler rose, car c’est souvent ça sa couleur naturelle. Quant aux œufs, plutôt que de les pondre, il préfère les laisser accrochés là où ils le sont d’emblée. Après tout, l’homme est d’un paresseux...
Quand nous parlons donc de roses et de violettes, nous ne parlons peut-être pas de ces fleurs innocentes, et quand nous évoquons la beauté de gros œufs, c’est encore plus douteux.
Les ressemblances entre l’aubergine et l’homme ne sont pas inexistantes, mais elles ne vont pas non plus très loin, et c’est bien comme ça. Sommé de choisir, je ne me prononcerais pas nécessairement en faveur de beaux gros œufs violets, par surcroît plus ou moins allongés et ayant la tige coupée à l’autre bout, et pourtant j’apprécie toutes sortes de défis.

3.     Le chou de Bruxelles – ce singulier est trompeur – en fait n’est aucunement un seul chou, mais plein de petits choux qu’on accommode avec des lardons, si je puis me permettre. Un monde peuplé de petits choux accommodées avec des lardons est un monde de plus en plus grouillant. Tous les goûts sont dans la nature, même celui du chou de Bruxelles, on peut apprécier ou pas, mais ce ne devrait pas être une question qui divise les esprits. Pas tous nos souhaits se réalisent.

4.     Prenez un homme, embarrassez-le, il devient, si cela se trouve, rouge tomate. Couvrez une tomate tant soit peu mûre de honte, elle ne change jamais de ton. En cela, les tomates sont plus stables.
Couvrez un homme de louanges, d’honneurs ou de cadeaux onéreux, la joie le fera probablement rougir comme une tomate. La tomate, elle, ne bougera pas. Là encore, elle est plus stable.
C’est que la tomate mûre a déjà la couleur de ses émotions ; l’homme, lui, est à froid bien trop pâle.
Il est émouvant d’observer un homme qui se colore sous le coup de quelque sentiment, et il est presque aussi émouvant de voir une tomate qui mûrit. Une jolie tomate rougissante de maturation et un joli homme brusquement rouge tomate parce que vous lui avez dit quelque chose, voilà de jolies joues qu’on a envie de caresser. Or, la tomate, surtout mûre, il ne faut jamais la caresser avec quelque violence, elle risquerait d’éclater et c’en serait fini de sa joliesse, alors qu’un joli jeune homme rouge tomate qu’on caresse même avec un peu de violence et qui de ce fait finit par éclater, sa joliesse demeure intacte. En cela, l’homme est plus stable que la tomate, et à mon avis, cela rachète ses faiblesses.

5.     Le modeste oignon n’a pas seulement une voyelle de trop, mais c’est le roi des légumes, et de ce fait presque le centre du monde. Tu le pèles, puis tu le fous partout. Je ne sais même pas s’il mérite le nom de légume, s’il n’est pas plutôt une simple nécessité culinaire, plus simple et nécessaire encore que l’ail, son cousin, qui, lui, l’est déjà assez si l’on aime.
L’oignon, il sent fort et peut t’arracher des larmes s’il est bien frais. Il est souvent très ferme et parfois un peu moins, ce qui est dommage, car à l’examiner de plus près, il est alors pourri. Cet oignon simple et nécessaire, nul ne le prendrait pour le fruit du Paradis, malgré ses belles rondeurs toutes blanches une fois dénudées, car elles n’ont que rarement vu le soleil. Le vrai problème de l’oignon c’est son côté terre à terre. Puis, il a aussi des traits franchement insolents, athées, assez proches de l’insulte. L’oignon n’a pas beaucoup de classe.
Est-ce qu’on peut le comparer à l’homme ? J’ignore si l’homme dans son entièreté est nécessaire sur terre, mais une chose est sûre, c’est que l’oignon est plutôt comparable à une partie de l’homme, la part la plus simple et nécessaire de celles qui sentent fort et font pleurer si elles sont fraîches, mais que nul ne prendrait pour des fruits du Paradis parce qu’elles n’ont pas souvent vu le soleil et sont fort peu appropriées à la poésie amoureuse. Et pourtant, amour il y a, et ô combien ! Quelle est donc cette partie ? Comment s’appelle-t-il, l’oignon de l’homme ? Vous venez de l’entendre. Des fois, il ne faut pas chercher plus loin que dans le mot.

Juin 2019

jeudi 27 juin 2019

Pour en finir avec les légumes

Être prompt à insulter autrui est le signe qu’on fait partie du bas peuple. Le meilleur monde méprise autrui en silence – autrui qui, pour lui, n’est rien d’autre que la populace gueularde et grossière. J’ai comparé cette plèbe, même quand elle n’est point dénuée de quelque attrait, à l’oignon rarement superflu, mais je n’ai pas pu trouver de légume comparable aux grosses légumes. Mépriser en silence n’est pas donné à n’importe quelle primeur. Carottes et courgettes souffrent peut-être en silence lorsqu’on les débite, les compères poireau, poivron, potiron et pâtisson de même, ainsi que toutes les bettes et blettes du monde, le chou-fleur au même titre que le chou-rave, et pas moins le nervuré chou de Milan, l’élégante asperge d’Argenteuil, l’exquis artichaut de Laon ou la fière patate Bleue d’Artois – elles sont toutes de la même famille, sinon verdure – mais ce serait aller trop loin de soutenir que, par exemple, au moins ceux à particule méprisent le cuisinier. Eux tous savent parfaitement que leur bourreau, tel un chasseur honorable, respecte beaucoup la créature que, pour vivre, il doit zigouiller. Il dit peut-être même une courte prière pour s’excuser auprès de ceux et celles que, au péril de ses doigts, il est obligé de couper en rondelles, et il aura toujours le souci d’en enlever sans piper mot les parties les moins nobles pour les faire disparaître. Du légume fractionné, jamais il n’en poserait, moqueur, la tête entre les jambes, comme un ignoble représentant de la roture l’a fait chez telle Reine de France taillée en deux.
Ayant donc affaire à un cuisinier respectueux, il est normal que, quoique souffrant en silence, aucun légume ne ressente la moindre envie de le mépriser. Autrement dit : tant que les hommes ne lui donnent pas des motifs pour se faire déconsidérer par eux, ces hommes ne sont comparables à aucun légume. Aucun légume n’est comme eux, et vice versa. Mais je finis par penser que je dis n’importe quoi, et que l’homme le plus respectueux est peut-être un vrai cornichon.

27 Juin 2019

vendredi 18 janvier 2019

De la tristesse vraie

J’ai fait un pot-au-feu et je l’ai loupé. Ou il a cuit trop longtemps, ou le choix de la viande n’était pas judicieux, en tout cas, mon morceau de fesse de bœuf avait perdu tout son jus, il était devenu coriace, et sa dégustation, censée égayer une journée sinon plutôt morne, ne faisait que rajouter à la morosité : dehors, grisaille et compagnie, et à table ça mâchait grave.

Par chance, la chair n’est pas toujours triste, c’est un cliché éculé, là. Possédant un ordinateur, je suis toujours à un clic de la consolation. À un clic, il y fourmille de la jeune chair musclée, il suffit de taper « jeune chair musclée ». Si je tape « journée morne viande fibreuse » ça ne donne rien, mais en tapant « jeune chair musclée », la chance me sourit : La chair jeune et musclée qui remplit aussitôt cette fenêtre sur une vie enviable qu’est l’écran plat de ma bécane, toute prête à y faire évoluer sa jeune et belle musculature recouverte d’une peau saine et lisse qu’elle n’hésite pas à exhiber sous toutes les coutures, elle est peut-être tristement rémunérée, elle ne fait pas ça à l’œil, mais ce n’est jamais mentionné, je ne peux que le supposer. Or, la viande que j’ai acquise pour pas mal de mon argent chez Auchan paraissait, elle aussi, jeune et musclée, un joli bout de fesse pas moins séduisant que de ces culs qui se soumettent à toutes sortes d’exercices, des petits supplices qui font rougir – cette affriolante viande rouge donc, après le seul et unique petit supplice auquel j’osais la soumettre, celui de la cuisson, blanchissante, au milieu de jeunes carottes, de fiers poireaux et de navets dodus : quand, plein d’espoir, je l’ai sortie de son bouillon frémissant, elle avait déjà l’air moins bonne, puis au sec, à la découpe, et surtout à la mise en bouche, quelle déception, quel véritable chagrin ! Ce n’est qu’en avalant le légume biologique que j’ai ressenti un zeste de plaisir.

L’ ordinateur, lui, m’épargne de telles contrariétés. Si la journée s’avère morne, son écran, lui, reste plat, pas question de découpe ni de mise en bouche, sa pornographie ne va jamais aussi loin que mon pot-au-feu. Il est infiniment plus risqué de se faire cuire de la viande achetée soi-même que de la consommer toute faite, sans frais, chez l’amie calculatrice. C’est un secret de polichinelle et pourtant nous continuons à louper nos recettes. Encore heureux que la consolation soit à portée de main.

15 Janvier 2019

jeudi 29 novembre 2018

Savoir lire

Il y a plein de monde par ici qui parle couramment l’arabe sans le lire, puis il y a quelques-uns qui le lisent sans vraiment le parler, dont votre serviteur. Lire une langue sans la parler signifie en réalité rien de plus qu’avoir connaissance de son système d’écriture. Or, si l’on le connaît, on arrive même à parler la langue en question – la parler dans le sens de prononcer plus ou moins correctement ses mots – et cela sans avoir nécessairement une idée de ce qu’on raconte. Les Allemands par exemple lisent le turc sans le parler, cette langue s’écrivant de nos jours dans un alphabet qu’ils connaissent ; qu’ils puissent buter sur quelques signes diacritiques n’y change pas grand-chose. Quant à leur compréhension, on peut avoir autant de doutes que chez un perroquet prononçant des mots turcs. Le cas des langues chinoises est encore plus compliqué : mutuellement inintelligibles, elles s’écrivent toutes de la même manière, et à l’écrit l’énoncé de n’importe laquelle d’entre elles est compris même par celui qui ne la parle nullement. D’autres langues enfin ont plusieurs systèmes d’écriture ce qui fait qu’on peut les parler tout en étant et capable et incapable de les lire. Il s’ensuit que parler, lire, et comprendre ce qu’on lit sont vraiment des choses différentes et qu’il n’est pas du tout normal de savoir faire les trois en même temps.

Chez les animaux, c’est plus simple. Prenons le chat et la souris : à la base, le chat parle le chat et la souris, le souris. La souris, bien qu’elle ne parle pas le chat, le comprend à merveille et sait peut-être même le lire. En tout cas, le chat a intérêt à la fermer s’il ne veut pas que la souris lui échappe. C’est que la langue du chat n’est qu’une accumulation d’expressions désobligeantes, voire menaçantes pour la souris, le félin est en ce sens très méchant. Qu’il ne soit pas considéré comme méchant par d’autres est dû au fait que lui aussi maîtrise plusieurs idiomes, dont un ronronnement particulièrement gnangnan, on dirait du Delerm, émis tout autant dans un but alimentaire, je suppose. Mais arrêtons de parler des bêtes et revenons-en aux hommes.

L’homme, une fois qu’il sait parler, lire et même comprendre une langue quelconque – ce qui donc est plutôt rare – est-ce qu’il la parle, lit et comprend ? Prenons le cas de la littérature. Je suis arrivé à l’inconfortable conclusion que ce qui, le cas échéant, pose problème en littérature, n’est pas la langue dans laquelle elle est écrite mais, indépendamment de cette langue, l’attitude de l’écrivain. En fait, cela nous rappelle le chat : c’est encore son éventuelle méchanceté qui pose problème.

Je prends l’exemple de l’œuvre d’un soi-disant non-méchant où celui-ci décrit, entre autres, comme son petit-fils de sept ans, plongé dans son premier livre, bouge imperceptiblement les lèvres. Le soi-disant non-méchant est ému, et le lecteur est incité à l’être lui aussi. Ce soi-disant non-méchant a beaucoup de succès, car en ronronnant de la sorte, il est lu et compris en même temps. Mais si tel autre écrit quelque chose dans ce genre à propos d’un adulte, homme d’état par exemple, cela cesse d’être gnangnan et devient méchant. Cela touche à la question de la langue que nous venons d’évoquer. Les adultes qui ont réussi dans la vie avant même d’avoir appris à lire correctement sont, hélas, des sujets cent fois plus intéressants que nos braves petits-enfants ; seulement, ils ne font pas vendre. Quand un tout jeune Président d’une assez vieille République se proclame fan de, disons, tel vicomte romantique, catholique, vaguement réactionnaire et décidément grandiloquent, nous voilà devant un ridicule mystère qu’il faut pourtant sonder en profondeur. Rien à faire, sans être chat en présence d’une souris, bien au contraire, on est forcé d’être un tantinet méchant. C’est uniquement parce qu’on ne naît pas idiot qu’on le devient. Or, on ne naît pas non plus méchant, on naît sans parole et illettré. La méchanceté nous vient avec les lettres. Les lettres, dis-je, pas les titres. Ni les bonheurs du suffrage universel.

27 Novembre 2018

dimanche 21 octobre 2018

Innocence

Puisque je traîne encore dans le plume, on me demande de regarder un cul, et de très près, s’il te plaît. Non pas dans un but lubrique mais médical. Médical de chez médical. « Depuis hier ça me cuit, tu ne pourrais pas voir un peu ce que j’ai. » La requête est formulée d’une voix hésitante, mais aucun doute, c’est pensé comme c’est dit, pas une invitation à jouer au docteur.

J’acquiesce alors, et la personne se dénude pour se mettre sur moi en position, à quatre pattes, cambrant les reins et présentant en confiance son derrière dressé. Je me cale la tête sur les oreillers et dirige la suite de l’opération, corrigeant un peu la posture en faisant la chair rebondie devant moi s’avancer et s’ouvrir encore plus. Si je connais bien la perspective, cette fois-ci, j’inspecte avec sérieux. On me signale de me focaliser sur le pourtour anal côté gauche. Endolori, réellement endolori.

« Eh ben, ça m’étonne pas ! » réponds-je, le ton posé, nullement excité. « C’est tout rouge, on dirait que t’as la peau entamée. » J’insiste encore, écarte les fesses doucement davantage, prends la torche pour être sûr de mes assertions, la rapproche, change d’angle, illumine jusqu’au trou pour juger de l’étendue de l’érythème, mais toujours sans le désir de toucher quoi que ce soit, et sans bander le moins du monde, résultat d’un œil neutre, asexué, celui d’Adam d’avant la chute. Arrive le moment de la prescription. « Attention au pécu. Faudrait foutre un produit. »

Ne nous trompons pas : en d’autres circonstances, pareil examen aurait eu quelque impact sur mon système reproducteur, les lésions à l’endroit indiqué étant trop superficielles pour en faire reculer l’irrigation, mais pour le coup, la chasteté timorée de la demande a exclu tout sous-entendu. Je le ressens au plus profond de mon cœur : qu’importe la gravité, c’est l’humanité souffrante, et – quoi qu’en dise la glabre roseur nacrée des plaques – non pas celle d’une quelconque Justine. Voilà un des malheurs de la vertu, et pas le moindre. Malheur ou bonheur, je ne me rappelle plus. L’intérêt naturel ne saurait venir qu’après, en la couchant par écrit, la petite scène. L’intérêt naturel, chers lecteurs, ne se réveille que sur le papier.

20 Octobre 2018

mercredi 29 août 2018

Robinson

Je me réveille, ce n’est pas ça. Je me traîne jusqu à l’ordi, et là, je tombe tout de go sur une phrase, terrible, du regretté Ernst Jandl : « Celui qui écrit peut finir affamé par le boycottage. » Et dire que le vieux n’a été « boycotté » que pendant deux, maximum trois ans avant de passer à la gloire et l’éternité ! Moi, mine de rien, on me « boycotte » depuis plus de trente sans me couper l’appétit. C’est bel et bien une journée de merde qui s’annonce.
L’autre, qui me connaît depuis plus de trente ans – suffit de supporter ma gueule – propose alors de profiter insolemment de nos forfaits réservés aux vieux, ces cartes de navigateur au doux nom d’améthyste, rappelant le résultat d’une coloration ratée. La destination est vite trouvée. Elle s’appelle Robinson. C’est pas une chouette idée, ça : avec nos titres de transport au tarif fortement réduit, nous allons faire une visite éclair à Robinson !
Ce mot à peine prononcé – dis donc, ça va en effet aussi vite que dans un conte de fées – nous voilà voyageant côte à côte parmi plein de personnes exotiques, et en un autre claquement de doigts, on nous l’annonce : Robinson ! Terminus, tout le monde descend.

Incroyable, Robinson, comme tu es bien nommé ! Nous constatons aussitôt qu’il n’y a strictement rien, en dehors de quelques Vendredi. Or, des Vendredi, il y en a partout dans ce pays, et ça ne compte donc pas. Par contre, il faut se nommer Robinson pour y être rejeté, naufragé sur de tels rivages.

N’y a-t-il vraiment rien ? Soyons juste : j’exagère. On y trouve de l’eau, et même beaucoup d’eau, et dans l’eau, un tas d’oiseaux palmipèdes.

Et puisqu’on s’était procuré du viatique, et puisqu’on est altruistes, je me vois tout à coup en train d’alimenter bon nombre d’eux, dont des exemplaires assez étranges, entièrement noirs à une seule tache blanche sur le front. J’ignore ce qu’ils font là, parmi nos canards à nous, mais en leur lançant de la façon la plus équitable possible mes petits bouts de pain, j’accède subitement à une vérité peut-être ultime ; en tout cas, une incontestable révélation. Eh bien, mes jolis, me dis-je, c’est là une belle découverte que vous m’aidez à faire : la découverte que je pourrais être n’importe où dans le vaste monde et nourrir des comme vous, ou à peu près comme vous, ou communiquer avec d’une autre sorte, sans que cela fasse la moindre différence – pas la moindre, c’est garanti, émotionnellement parlant. Il n’y a qu’un seul monde et il est pareil partout, continué-je à me dire, vous m’en avez tout à fait convaincu, coin-coin, pas la peine d’explorer plus loin que Robinson. Partout, c’est d’une désolation noire, seulement adoucie par des amis cancanants qui rappliquent pour des miettes. Je me le dis, et ça me redonne du courage, oui, du courage. Est-ce que vous me comprenez ? Au moins, et c’est déjà beaucoup, ça ne me déprime pas. Du coup, quelle inspiration énorme, cette excursion en RER B – je t’en remercie, l’autre – avec la carte qui rappelle une coloration ratée.

Avant de rentrer, tel un Commerson des temps modernes, je déterre encore une fleur étonnante pour la ramener et mettre en pot chez moi. Elle est certes minuscule, mais je l’appellerai Bougainvillea robinsonia. En souvenir d’une journée de ma vie sauvée grâce à un merveilleux voyage.


Robinson

Ich wache auf, es stimmt was nicht. Ich schleppe mich zum Rechner und stoße als erstes auf einen schrecklichen Satz des verblichenen Ernst Jandl: „Man kann als Schreibender ausgehungert werden, durch Boykott.“ Dabei wurde der Alte vielleicht zwei, maximal drei Jahre lang „boykottiert“ bevor er zu ewigem Ruhm kam. Mich „boykottieren“ sie beiläufig seit über dreißig Jahren ohne dass es mir den Appetit verdorben hätte. Es ist echt der Anfang eines Scheißtags.
Die Bezugsperson, die mich seit über dreißig Jahren kennt – man muss nur meine Fresse aushalten – schlägt vor, rotzfrech die Jahreskarte für Alte auszunutzen, sie trägt den verlockenden Namen Navigo Améthyste und erinnert mithin an eine missratene Tönung. Das Reiseziel ist schnell gefunden, es heißt „Robinson“. Ist das nicht eine klasse Idee: mit unseren stark verbilligten Rentnerfahrausweisen statten wir Navigatoren jetzt Robinson eine Stippvisite ab!

Kaum ist das Wort ausgesprochen – es geht tatsächlich so schnell wie im Märchen – befinden wir uns schon zwischen lauter exotischen Gestalten Seite an Seite auf der Reise, und ein Fingerschnippen später hören wir es angekündigt: Robinson. Endstation, alles aussteigen.

Kaum glaublich, Robinson, wie dieser Name passt. Wir stellen sofort fest, dass es dort überhaupt nichts gibt, abgesehen von ein paar Freitagen. Aber Freitage gibt es allenthalben in diesem Land, das zählt also nicht. Man muss hingegen schon Robinson heißen, um dort gestandet zu sein.

Gibt es dort wirklich nichts? Das ist, muss ich zugeben, übertrieben. Es gibt dort Wasser, sogar sehr viel Wasser, und im Wasser massenhaft Wasservögel.

Und weil wir uns Wegzehrung besorgt hatten, und weil wir uneigennützig sind, sehe ich mich plötzlich dabei, eine ganze Reihe von ihnen zu ernähren, und darunter recht eigentümliche Exemplare, überall schwarz und nur mit einem weißen Fleck auf der Stirn. Keine Ahnung, was die hier mitten unter unseren Enten machen. Doch als ich ihnen möglichst gerecht verteilend meine Brotbröckchen zuwerfe, gelange ich urplötzlich zu einer vielleicht letzten Erkenntnis, und falls nicht das, dann zumindest unanfechtbaren Offenbarung. Meine Hübschen, sage ich mir, ihr habt mir da zu einer regelrechten Entdeckung verholfen: der Entdeckung, dass ich mich wo auch immer auf der großen weiten Welt befinden könnte und solche wie euch, oder so ungefähr, füttern oder damit sonst irgendwie in Kontakt treten, ohne dass es den geringsten Unterschied ausmachen würde, nicht den allergeringsten, das garantiere ich, gefühlsmäßig gesehen. Es gibt nur eine einzige Welt und die ist überall gleich, sage ich weiter zu mir, davon habt ihr mich quasi, quak quak, überzeugt, weiter als Robinson muss man gar nicht herumkommen. Überall dieselbe schwarze Trostlosigkeit, erträglich gemacht allein durch schnatternde Freunde, die um ein paar Brosamen aufkreuzen. Das sage ich mir und es gibt mir wieder Mut, ja, Mut. Versteht ihr das? Wenigstens, und das ist schon viel, deprimiert es mich nicht. Also wahrlich ein fantastischer Gedanke – ich danke dir, Bezugsperson – dieser Ausflug in einen Drecksvorort mit jener Karte, die an eine misslungene Tönung erinnert.

Vor der Rückfahrt grabe ich (als ein Commerson der Neuzeit) noch ein seltsames Blümchen aus, ich werde es mitnehmen und zu Hause in einen Topf pflanzen. Es ist zwar ganz winzig, aber ich will es doch Bougainvillea robinsonia nennen. Zur Erinnerung an einen Tag meines Lebens, den eine wundersame Reise gerettet hat.

29. August 2018

dimanche 31 décembre 2017

Thé ou café ?

Thé ou café ? me demanda l’hôtelier d’un air innocent, pensant peut-être que j’allais lui répondre, comme ça, tout de go. Or, si je déteste quelque chose, c’est l’indiscrétion. D’autant plus que mon coming-out dans l’affaire date quasiment d’hier. Jusqu’à un âge assez avancé, j’ai pris du café comme tout le monde ici, sans me poser de questions. J’avais été élevé comme ça, n’est-ce pas, trouvant normal qu’on passe au café une fois le stade Banania dépassé. Et pourtant, avant de me rendre compte que le thé me convenait cent fois mieux, je n’avais jamais bu ma lavasse avec beaucoup de plaisir. Quelle découverte alors quand, ne supportant plus ni caféiné ni décaféiné, le médecin m’a obligé à me mettre au thé vert ! Le début fut certes un peu difficile, je craignais notamment pour ma virilité, mais une fois habitué, j’ai commencé à me sentir comme un homme qui, au bout de trente ans, quitte femme et enfants pour emménager chez un copain. Ah, le bonheur de faire enfin entre mecs ce qu’on a envie de faire, sans la bourgeoise dans les jambes ! Mais est-ce que cela regarde autrui, un hôtelier par exemple ?
Déjà, je ne commande jamais de viande rouge au restaurant. Sinon, on a droit à la curiosité la plus malsaine. Entendez-les donc susurrer, ces garçons impudents, mettant la bouche en cul de poule : Et comment la désirez-vous, monsieur, votre viande ? – Est-ce que ça te regarde, valetaille, si je la préfère adolescente, entre les deux, plutôt mûre, voire faisandée ?

14 Avril 2017

jeudi 13 avril 2017

Les biscottes

Ce matin, au petit déjeuner, je suis tombé sur une biscotte ayant le don de la parole. Ne me beurre pas, ne me mange pas, ne me brise surtout pas, me supplia-t-elle, je peux t’être utile sur un autre plan. Et sur quel plan peux-tu m’être utile, biscotte bavarde ? lui demandai-je. Elle se mit à bégayer, je ne comprenais goutte. Alors je l’ai beurrée, alors je l’ai mangée, et hélas, je l’ai même brisée auparavant. À quoi ça sert, le don de la parole, lorsqu’on ne sait pas convaincre ? Des miracles, il y en a tous les jours, mais pas à tous les coups.

Après, j’avais encore faim. La biscotte suivante n’a peut-être rien dit mais c’était pire : muette comme une carpe, elle s’est pliée en deux pour prier. Je le voyais à son air dévot. Moi, j’étais là comme un con, avec mon couteau plein de beurre, en attendant qu’elle finisse sa litanie. Aurais-je dû l’interrompre ? Ma bonne éducation me l’interdisait. À la longue, elle était toute trempée de larmes. Dégueulasse. J’ai beurré mon laïc de croissant, laissant celle-là à sa bigoterie. La prière, ça a quand même quelque avantage quand on est de la biscotte.

La troisième et dernière ne m’a pas résisté. Elle n’a pas parlé, elle n’a pas prié – à peine l’avais-je touchée qu’elle s’est désagrégée en mille morceaux minuscules. Celle-là, je ne l’ai donc pas eue non plus. Par contre, il a fallu en ramasser les miettes. Si vous êtes biscotte et muette et athée, voilà ce qui vous reste à faire. Cela ne vous sauvera certainement pas, mais pour le moins vous aurez montré de quel bois vous vous chauffez. Je trouve un tel acte plutôt courageux de la part d’une biscotte. Je ne suis pas sûr d’en être capable moi-même.

Ces trois exemples nous montrent la latitude dont on dispose même en tant que petit déjeuner au froment. Personnellement, je préfère la conviction aux sophismes, l’insurrection à la prière et le laisser-aller au suicide, mais qui suis-je pour juger ? Je ne puis que constater que les différences de mentalité sont aussi grandes entre biscottes qu’ailleurs dans le monde, nous posant, une fois de plus, la question de l’exclusivité de l’intelligence. Nous les hommes, certes bien plus malins que la biscotte moyenne, n’en avons pourtant pas le monopole.


12 Avril 2017

vendredi 13 janvier 2017

Fragmente zum lyrischen Pneuma

Atmen muss er, der Mensch, aber er muss doch keinen Lärm dabei machen. Könige machen Lärm bei allem, und wer flach auf dem Rücken liegt, ist ein König – man nennt das die Königsstellung, und sie ist wichtig. Ich sehe sie nicht in der Finsternis, doch ich kann sie erfühlen, mein Arm ist lang genug, oder aber Majestät liegt nahe genug. Ob der Rabatz vom Ein- oder vom Ausatmen kommt, hat keine Bedeutung, allein der Rabatz zählt. Meine Geste ist rüde, revolutionär: Zur Seite, Hoheit, das Volk hat ein Recht auf Bettruhe!

Kunstförderung ist tatsächlich nicht alles, es gibt Naturgesetze, die sogar die Kunstförderung nicht außer Kraft zu setzen vermag. Nicht die Kunstförderung und nicht das Preiswesen. Ich nehme zum Beispiel das lyrische Pneuma, das nicht nur nach Aufblasen, sondern auch nach einem Rohr verlangt, um erhört zu werden. Ob man schon von Rohrförderung reden kann, ist mir nicht bekannt. Womöglich fördern sich die Rohre ja selbst, gegenseitig, gleiten liebevoll ineinander, und die öffentliche Hand erhebt sich nur segnend hinterher.

Andererseits meint so ein Rechtfertigender, da scheine etwas dem Verständnis davonzufliegen, weil es zu schwer sei. Sollte ihm entgangen sein, dass es das Leichte ist, was gegebenenfalls davonfliegt? Das Schwere bleibt liegen, schwer im Magen etwa. Das Leichte hingegen – ein Häuchlein Lebendigkeit genügt und schon flattert es seiner Rechtfertigung davon.

Wenn doch nur die Luft zählt, wenn es doch zugeht wie in einer Orgel, wenn doch aus reiner Luft regelrechte Erhebung entsteht, muss es sich um eine Art von Kirche handeln. Da ist der Glaube dann das Wesentliche, die Wahrscheinlichkeit belanglos. Da kann einer natürlich sagen, was ihm zufällig in den Sinn kommt, noch so Törichtes von sich geben: es wird einzig die Person angeschaut und die Möglichkeit eingeschätzt, ob es sich dabei um einen Musensohn handeln könnte. Es überzeugt dann eben allein das Erscheinungsbild. Der Glaube ist unersetzlich, wenn man keine Ahnung hat, aber die Orgel dazu aufspielt.


Ach, Fraß nur eines Kochs, dem Kochen schrecklich
Leicht zu fallen scheint:
Mir, fressend, schwant schon, was er meint;
Dass es dem Koch geschwant, ist auch gut möglich.

Purzelt ein Manna grad so raus, als Gabe
Des Himmels sozusagen:
Mir, schwanend, helfen keine Fragen;
Ich merk nur, was ich habe und nicht habe.

Will nicht behaupten, dass die Kocherei
Groß Mühe machen muss.
Wer endlos darbt, leckt mit Genuss
Noch an herausgekotztem Wörterbrei.


26. August 2016 / 11. Januar 2017