mercredi 17 août 2016

Des étrangers

C’est presque devenu une doctrine d’état : l’étranger en soi doit être considéré comme intéressant et il faut l’accueillir avec enthousiasme. Désolé, mais moi, cet « étranger » ne m’intéresse pas du tout ; en tant que notion abstraite, il m’est beaucoup trop proche, et probablement même pas étranger. Le plus souvent, cela me semble une pure pose. Il faut quand même un peu entrer dans le détail et regarder l’étranger en question de plus près. Si je sais, par exemple, que quelqu’un nous est arrivé des steppes poussiéreuses d’Asie centrale, je peux m’en faire une idée et, le cas échéant, m’intéresser à lui. Mais un tel intérêt reste limité à ce seul individu, il est nominal et ne s’étend d’aucune manière à une quelconque espèce nommée « l’étranger ». Dans le cas précis, il ne s’agit, du reste, plus d’un étranger, mais d’un ressortissant de l’Asie centrale.

Je peux également m’intéresser à quelqu’un lorsque, disons, je me rends compte que, d’après son accent, cette personne doit être originaire de Colombie. Bien que les Latino-Américains en tant qu’espèce ne m’intéressent pas le moins du monde, la situation peut être différente chez un Colombien. Mais, en même temps, il ne faut pas non plus que je sache trop de choses. Le Colombien prononçant l’espagnol d’une manière nette, spéciale, un peu traînante, je pense le reconnaître à sa façon de parler, mais il n’est jamais exclu que je me trompe : ce locuteur peut aussi être d’un pays voisin ; seulement, il ne sera pas « Latino-Américain » tout court. Or, si je pouvais entendre avec certitude de quelle ville colombienne il provient, ou même de quel barrio de la ville en question, il cesserait de m’intéresser en tant qu’étranger, car je serais alors beaucoup trop au courant et il serait abusif de parler encore d’étrangeté. L’étranger doit donc provenir de la zone habitable, comme on dit : ni trop loin de son astre nourricier – dans le général – ni trop proche – dans le particulier. C’est ça le truc. Il me fait penser à la remarque d’Alfred Polgar que même les anges ont besoin d’ailes. Les anges qui, eux aussi, sont des êtres exotiques, ont été dispensés, on le sait, de l’obligation de se nourrir ou d’aller aux toilettes, il est extrêmement vraisemblable qu’ils n’ont pas non plus froid en hiver ni ne transpirent ne serait-ce qu’une goutte de leur substance angélique même en plein cagnard tropical, et pourtant, pourtant, le Créateur a dû les munir d’ailes pour voler. Malgré toute leur immatérialité et non-appartenance au royaume des nécessités, ils ne sauraient se passer, paraît-il, d’organe de vol. On a toujours besoin de précision et de définition, quelque part même les anges appartiennent à notre monde et doivent obéir à sa logique. Et cela est valable pour tout ce qui est étranger. On l’appelle la raisonnable exigence d’intégration.


Von den Fremden

Es ist neuerdings fast Staatsdoktrin: der Fremde als solcher sei von Interesse und enthusiastisch zu begrüßen. Tut mir leid, aber dieser „Fremde“ interessiert mich keineswegs, es ist mir als abstrakter Begriff viel zu nahe, und vermutlich überhaupt nicht fremd. Es ist meines Erachtens meist nichts als Pose. Man muss diesbezüglich schon ein wenig ins Detail gehen und sich den fraglichen Fremden genauer ansehen. Weiß ich beispielsweise, dass jemand aus den staubigen Steppen Zentralasiens zu uns hergewandert ist, kann ich mir etwas darunter vorstellen und habe einen Grund, mich gegebenenfalls für ihn zu interessieren. Ein solches Interesse gilt dann aber nur ihm, es ist individuell und keines an einer Gattung namens „der Fremde“. Denn er ist dann übrigens gar kein Fremder mehr, sondern ein zugereister Zentralasiat.

Ein Interesse mag meinetwegen auch dann entstehen, wenn ich etwa am Akzent höre, dass jemand aus Kolumbien stammen muss. Obschon mir Lateinamerikaner als Gattung völlig gleichgültig sind, mag es bei einem Kolumbianer anders aussehen. Freilich darf ich es dabei auch nicht allzu genau wissen. Sie pflegen in Kolumbien eine deutliche, recht spezielle, etwas schleppende Aussprache, und ich glaube einen dortigen mithin am Akzent zu erkennen, kann mich aber auch täuschen, der Sprecher mag aus einem angrenzenden Land sein, es ist nur jedenfalls kein sonstiger Lateinamerikaner. Könnte ich jedoch heraushören, aus welcher Stadt er kommt, oder gar aus welchem Barrio welcher Stadt, wäre er mir als Fremder wiederum gleichgültig, denn ich wäre dann ja so genau auf dem Laufenden, dass man kaum mehr von Fremdheit reden könnte. Der Fremde muss also sozusagen aus der bewohnbaren Zone kommen: nicht zu sehr im Allgemeinen hausend, aber auch nicht übermäßig im Besonderen. Das ist der Witz an der Sache. Es fällt mir dazu Alfred Polgars Bemerkung ein, dass selbst Engel Flügel brauchen. Auch die Engel sind ja exotische Wesen, sie müssen bekanntlich keine Nahrung zu sich nehmen und auch nicht auf die Toilette gehen, höchstwahrscheinlich frieren sie nicht im Winter noch schwitzen sie in der größten Sommerhitze, dennoch hat ihnen der Schöpfer Flügel verleihen müssen zum Fliegen. Bei all ihrer Übersinnlichkeit und Nichtzugehörigkeit zum Reich der Notwendigkeit kommen sie doch nicht, wie es scheint, ohne Flugorgan aus. Ohne irgendeine nähere Bestimmung geht es einfach nicht. In irgendetwas gehören selbst Engel völlig zu uns und müssen ganz unserer Logik gehorchen. Und das trifft nun auf alles Fremde zu. Man nennt es die berechtigte Forderung, sich in unsere Verhältnisse zu integrieren.

8. August 2016