Ce matin, au petit déjeuner, je suis tombé sur une biscotte ayant le don de la parole. Ne me beurre pas, ne me mange pas, ne me brise surtout pas, me supplia-t-elle, je peux t’être utile sur un autre plan. Et sur quel plan peux-tu m’être utile, biscotte bavarde ? lui demandai-je. Elle se mit à bégayer, je ne comprenais goutte. Alors je l’ai beurrée, alors je l’ai mangée, et hélas, je l’ai même brisée auparavant. À quoi ça sert, le don de la parole, lorsqu’on ne sait pas convaincre ? Des miracles, il y en a tous les jours, mais pas à tous les coups.
Après, j’avais encore faim. La biscotte suivante n’a peut-être rien dit mais c’était pire : muette comme une carpe, elle s’est pliée en deux pour prier. Je le voyais à son air dévot. Moi, j’étais là comme un con, avec mon couteau plein de beurre, en attendant qu’elle finisse sa litanie. Aurais-je dû l’interrompre ? Ma bonne éducation me l’interdisait. À la longue, elle était toute trempée de larmes. Dégueulasse. J’ai beurré mon laïc de croissant, laissant celle-là à sa bigoterie. La prière, ça a quand même quelque avantage quand on est de la biscotte.
La troisième et dernière ne m’a pas résisté. Elle n’a pas parlé, elle n’a pas prié – à peine l’avais-je touchée qu’elle s’est désagrégée en mille morceaux minuscules. Celle-là, je ne l’ai donc pas eue non plus. Par contre, il a fallu en ramasser les miettes. Si vous êtes biscotte et muette et athée, voilà ce qui vous reste à faire. Cela ne vous sauvera certainement pas, mais pour le moins vous aurez montré de quel bois vous vous chauffez. Je trouve un tel acte plutôt courageux de la part d’une biscotte. Je ne suis pas sûr d’en être capable moi-même.
Ces trois exemples nous montrent la latitude dont on dispose même en tant que petit déjeuner au froment. Personnellement, je préfère la conviction aux sophismes, l’insurrection à la prière et le laisser-aller au suicide, mais qui suis-je pour juger ? Je ne puis que constater que les différences de mentalité sont aussi grandes entre biscottes qu’ailleurs dans le monde, nous posant, une fois de plus, la question de l’exclusivité de l’intelligence. Nous les hommes, certes bien plus malins que la biscotte moyenne, n’en avons pourtant pas le monopole.
12 Avril 2017
jeudi 13 avril 2017
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